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Seul l’amour pourrait guérir les Kongolais(es) de l’inadaptocratie

Seul l’amour pourrait guérir les Kongolais(es) de l’inadaptocratie

Seul l’amour pourrait guérir les Kongolais(es) de l’inadaptocratie 1080 993 Ingeta

« L’ignorance est la cause de tous les maux. » – Socrate

« J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles ; qu’ils ne reviennent jamais à leur folie ! (…) Amour et vérité se rencontrent ; justice et paix s’embrassent. La vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. » Psaume 84, 9-12

Dans un pays où la reliance entre la politique et le religieux est de plus en plus affirmée et où l’oraliture marque profondément la perception des masses, il semble toujours souhaitable d’évaluer la marche de ce mariage et l’inconscient social et politique qu’il génère. Il paraît aussi souhaitable de questionner le lien que ce mariage entretien avec les paradigmes liés au capitalisme honteux et dégradant. L’esclavage et la colonisation en tant que paradigmes de néantisation et négatifs peuvent être décivilisateurs sur plusieurs générations. Et pour leurs initiateurs et pour leurs victimes. Cela d’autant plus qu’ils sont les avatars du capitalisme sorcier. La persistance du syndrome de Stockholm chez plusieurs compatriotes Kongolais d’hier et d’aujourd’hui en témoigne. Ensauvagés, ils rendent un culte inexplicable à leurs bourreaux d’hier et d’aujourd’hui quand ils ne prennent pas eux-mêmes les armes pour détruire les leurs au nom de l’argent, le m’as-tu-vusme (le matalana, comme diraient les kinois) et la renommée.

Wenge Musica et matalanaphilie

La colonisation d’une bonne partie du monde de la vie kongolaise par ces trois idoles est un secret de polichinelle. Elle est l’une des expressions de ce que le philosophe kongolais Jean-Goubald Kalala a dénommé à un certain moment la wengetisation de la société kongolaise. Dans cet écosystème wengetisé, « mingi ba buka bic mua kala » (plusieurs ont cassé le bic il y a longtemps, ils ont renoncé aux études) et ont fait le choix du mensonge au sujet de leurs titres académiques comme le chante si bien JB Mpiana –tika tokosa ata kokosa, nga nazali gradué, ngai nazali licencié, ngai nazali ingénieur ». (Ecouter Feux de l’amourJB Mpiana – Feux de l’Amour (Clip Officiel) ) Ce mensonge est porté par une envie, un mimétisme déraisonnable : rompre avec sa famille biologique ( appauvrie) au profit des familles « ayant des griffes », les familles riches (et/ou enrichies).

Le triomphe des paradigmes de néantisation et négatifs dans les coeurs et les esprits de plusieurs compatriotes kongolais y a généré et/ ou entretenu l’amour de « la servitude initiale », de l’aliénation et de l’ignorance.

En effet, plusieurs années après la sortie officielle du groupe Wenge Musica, plusieurs de ses membres ont créé leurs sociétés, sont devenus riches. En quelque sorte, ils ont gagné leur pari.

Si leur mimétisme est qualifié de déraisonnable, c’est à cause de sa superficialité. Il n’est pas fondé sur une connaissance approfondie de l’appauvrissement de plusieurs familles kongolaises au cours du règne de Mobutu et de l’enrichissement illicite de quelques-unes d’entre elles. A quelques exceptions près, bien sûr. Leur mimétisme est aussi paradoxal. Ils s’enrichissent par le travail artistique tout en influençant la perception de plusieurs de leurs congénères au sujet des idoles susmentionnées: une perpétuelle âpreté au gain, une option résolue pour la matalanopholie et pour des titres honorifiques (et académiques) par tous les moyens. Le mensonge y compris.

Il ne serait pas étonnant que le Kongo-Kinshasa soit l’un des pays africains où une foultitude de diplômés d’université rime avec une incompétence crasse au point de pousser Charles Gaves à dire du pays qu’il est une inadaptocratie ; c’est-à-dire un Etat (raté) peuplé par une masse incompétente et gouverné par des incompétents. Il est possible qu’il exagère un peu. Son constat ne semble tenir compte ni des effets à long terme des paradigmes de néantisation et négatifs sur l’inconscient social et politique de ces Kongolais(es), ni du fait que dans les années 1990, le pays de Lumumba a été programmé pour être produit comme « un Etat raté ». [1]

Néanmoins, la critique de Charles Gave interpelle. Elle nous rappelle que le triomphe des paradigmes de néantisation et négatifs dans les coeurs et les esprits de plusieurs compatriotes kongolais y a généré et/ ou entretenu l’amour de « la servitude initiale », de l’aliénation et de l’ignorance. Elle questionne le syndrome de Stockholm dont témoignent ces compatriotes.

En effet, qui peut expliquer comment un pays ayant une multitude de professeurs docteurs, de licenciés, de gradués et d’ingénieurs aient pour unique modèles sociétaux les (artistes) musiciens et de que tout ce beau monde ressente une certaine fierté à se vautrer dans « la servitude initiale », dans l’humiliant esclavagisme, à applaudir et à louer les mérites des mercenaires et autres escadrons de la mort détruisant le pays de Lumumba ? Il est rare que tout ce beau monde se retrouve pour honorer Mudimbe, Ngal, Mabika Kalanda, Lihau, Ngoma Binda, etc. Il ne décerne de beaux prix qu’aux musiciens et aux footballeurs !

Symposium sur Mgr Munzihirwa, savoir et Front de refus

Apprendre qu’il y a eu un troisième symposium à Lubumbashi sur Mgr Munzihirwa a fait chaud au coeur. Cela étant, quel est le nombre de ces professeurs docteurs ya lukuta qui, aujourd’hui, s’inspire de la pensée de ce grand monsieur pour créer le Front de refus de l’esclavagisme, de la soumission, du larbinisme, du pantinisme, du « paitinisme » kongolais, du néolibéralisme et de la néocolonisation comme le propose un Muntu wa Tshitelu, Mufoncol Tshiyoyo ? (Le sang de Munzihirwa, acte de naissance du Front de refus – Ingeta ). Au contraire, il y en a encore qui, tout en participant à ces lieux de la production de l’intelligence collective éprouvent de la peine à rompre avec les initiateurs des carnages au Kongo-Kinshasa, leurs proxies et leurs sous-fifres. Le culte rendu à Mammon et à la bêtise a fini par corrompre leurs coeurs et leurs esprits. Dommage !

Se mettre à l’école de Munzihirwa pourrait être un engagement responsable à rompre avec les diplômes ya lokuta afin de sa mettre au service de « la véritable science » pouvant participer de l’émancipation des masses ignorantes des paradigmes de néantisation et négatifs ainsi que des syndromes qu’ils génèrent.

Tout cela étant, organiser un symposium sur Munzihirwa est déjà un pas important dans la bonne direction. Organiser un symposium sur Munzihirwa peut conduire à adopter les armes dont il s’est servi au cours de sa lutte. Il a utilisé l’arme du savoir. Il savait lire l’Evangile afin d’en vivre. Savoir est une arme redoutable. Il en a témoigné au cours de l’entreprise de l’extermination de ses compatriotes. A ce sujet, Mufoncol Tshiyoyo écrit : « Face à cette entreprise d’extermination et à cette lâcheté politique interne, le grand jésuite de Bukavu nous a laissé un testament d’une puissance absolue. Il invitait les Congolais à vaincre la peur. Reprenant l’audace de l’Évangile face aux tyrans, sa vie entière criait de ne pas craindre ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent détruire l’âme de la nation. Vaincre la peur, c’est aussi vaincre la peur de dire toute la vérité. »

Il savait lire l’Evangile pour en vivre comme amoureux de sa patrie et de ses compatriotes. Il ne lisait pas que l’Evangile. Il savait aussi lire l’histoire de son pays et des événements des Grands Lacs Africains et en rendre compte. L’exemple de la lettre qu’il a écrit au Président américain sur la tragédie de cette partie de l’Afrique est très éloquent. « Nous savons de source sûre que plusieurs officiers de l’armée patriotique rwandaise (APR) basés dans le parc de l’Akagera et couverts par le pouvoir sont chargés des disparitions de personnes à opérer sur toute l’étendue du territoire. Cette planification des disparitions et massacres visent en priorité les intellectuels hutu.[2] (Nous avons bien lu des disparitions et des massacres des « intellectuels ».)

« Savoir de source sûre » est une arme redoutable au source de la recherche fondamentale et/ou scientifique. Se mettre à l’école de Munzihirwa pourrait être un engagement responsable à rompre avec les diplômes ya lokuta afin de sa mettre au service de « la véritable science » pouvant participer de l’émancipation des masses ignorantes des paradigmes de néantisation et négatifs ainsi que des syndromes qu’ils génèrent.

JB Mpiana, ce prêtre scientifique et la possible re-conversion de l’eros en agapè

Ce prêtre scientifique , au cours de son séjour en Belgique, s’habillait dans les magasins de seconde main. Dans son coeur et dans son esprit, il avait fait un choix : pour la méritocratie contre la matalanaphilie. La méritocratie, telle est l’autre arme dont Munzirhiwa s’est servi au cours de son combat. Se mettre à son école, c’est aussi cela : renoncer à la matalanaphilie pour la méritocratie. Sans un minimum de « science sourcée » et d’humilité, cette re-conversion pourrait être difficile à réaliser, l’ignorance aidant.

Qui peut expliquer comment un pays ayant une multitude de professeurs docteurs, de licenciés, de gradués et d’ingénieurs aient pour unique modèles sociétaux les (artistes) musiciens et de que tout ce beau monde ressente une certaine fierté à se vautrer dans « la servitude initiale », dans l’humiliant esclavagisme, à applaudir et à louer les mérites des mercenaires et autres escadrons de la mort détruisant le pays de Lumumba ?

S’inscrire dans la dynamique inspirée par ce prêtre scientifique pourrait pousser les Kongolais wengetisés à réécouter quelques verts du « Feux de l’amour » de JB Mpiana différemment. Lorsqu’il dit que « alula Masiya ye nde nkisi na nga« . Lorsque Jésus (Masiya) devient le « nkisi », « le fétiche » (sans fétichisme[3]), est accueilli comme « chemin, vérité et vie », il aide à re-convertir « l’amour devenu Caïen » -l’amour ozali kayina, oboma mingi ee, okotisa mingi na mabele, chante JB Mpiana- et tueur, l’amour-eros, en amour-agapè, serviteur de la vie. L’amour kayina est une idolâtrie des humains, de l’or, de l’argent et du gain facile à tout prix. Masiya nkisi accueilli incite à renaître au quotidien à l’amour agapè (ou plutôt à la coordination bienveillante et généreuse de l’eros et de l’agapè…Il révèle un Dieu-Amour.

Et à ce sujet, St Jean écrit : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. » (1 Jean4,7). Il ajoute : « Dieu, personne ne l’a jamais vu. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour en nous atteint sa perfection. » (1 Jean 4,12) . Donc, choisir Masiya kisi , comme chemin, vérité et vie, c’est s’engager au quotidien sur la voie de l’écoute du Seigneur comme nous y invite le Psaume 84 pour incarner la paix, l’amour, la justice et de la vérité. Marqués par la finitude et l’incomplétude, les minoritaires kongolais incarnant imparfaitement ces marqueurs de l’humain véritable -du Muntu mushuwashuwa– auront toujours besoin de produire des collectifs interconnectés pour être « forts » ensemble. Ils auront toujours besoin de ces collectifs comme lieux de la production de la solidarité et de l’intelligence collective et de la remise en question de « la méritophobie » (Didier Raoult) que les acteurs pléniers de la tragédie kongolaise, leurs proxies et leurs sous-fifres utilisent dans les Grands Lacs Africains comme « arme de destruction massive » en vue de promouvoir l’ignorance, la volonté d’ignorer et le refus d’apprendre.

Cette « destruction massive » passe encore par la wengetisation des masses populaires, de certains gouvernants, de leurs conseillers et de certains pasteurs ayant renoncé à « la science sourcée » et participant, en tant que « théologiens de la prospérité » à la paupérisation des populations kongolaises tout en devenant des « distributeurs des billets de banque » aux lieux des deuils. Réécouter JB Mpiana différemment et se mettre à l’école de Mgr Munzihirwa est un choix pour une voie émancipatrice de la folie destructrice et de la renaissance au service de la vie en abondance. Il y va de la guérison de l’inadaptocratie…L’amour le peut…

Babanya Kabudi
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[1] Lire J.-P. MBELU, La fabrique d’un Etat raté. Essais sur le politique, la corruption morale & la gestion de la barbarie, Paris, Congo Lobi Lelo, 2021.

[2] C. ONANA, Ces tueurs tutsi. Au coeur de la tragédie congolaise, Paris, Duboiris, 2009, p.100.

[3] Lire F. EBOUSSI BOULAGA, Christianisme sans fétiche. Révélation et domination, Paris, Présence Africaine 1981 et Missionnalisation et croyances spirituelles africaines – Ingeta

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