Par Jean-Pierre Mbelu
« A contrario du réformiste et du révolutionnaire, l’agitateur ne cherche pas une révolution sociale initiée par des analyses économiques et politiques rationnelles, fondées sur ces arguments factuels et des données incontestables. Bien au contraire, l’agitateur encourage les déversements émotionnels des colères et des ressentiments sur des « fautifs » tout désignés par une rhétorique aussi médiocre et grotesque qu’excitante (…). »
– R. GORI
L’enfermement dans le présentisme des acteurs kongolais intervenant dans la sphère politique du pays interpelle. Ils semblent beaucoup plus compter sur l’amnésie collective pour se créer de la place au soleil. Cela justifie, partiellement, leur option pour la fuite du débat et pour des monologues ininterrompus. Les rares fois qu’ils acceptent d’être en face les uns des autres pour débattre, ils donnent, curieusement, l’impression d’être apaisés. Ils oublient, pour un certain nombre, au cours du temps que dure le débat, leurs oppositions antagonistiques. Ils reconnaissent qu’ils sont amis et/ ou frères avant qu’ils ne retournent vers « la foule masse » afin de l’ameuter en vue de mobiliser ses émotions et ses ressentiments.
Ils sont rattrapés par le numérique
Au fur et à mesure que dure la guerre au Kongo-Kinshasa, il devient, de plus en plus difficile, de relever une certaine constance dans les prises de positions des acteurs kongolais intervenant dans la sphère politique au pays. Ayant perdu le sens de l’histoire, de la mémoire et des archives, il leur est difficile d’avoir une approche sociale, culturelle, politique, économique et spirituelle, rationnelle et constante du pays sur le moyen et sur le long terme. Fanatiques des réseaux sociaux, ils se font rattraper par leurs prises de positions enregistrées par le numérique.
Le recours à l’histoire, aux archives et à la mémoire vivante fragilise ces agitateurs de l’espace public kongolais. Il amenuise leur « capital confiance » et compromet leur avenir politique.
Ce manque de constance ôte toute cohérence à leurs prises de positions dans l’espace public kongolais. Ayant renoncé à la rationalité et à la constance, ils perdent toute crédibilité et sombrent dans l’inconsistance. Leur agitation ne peut avoir comme protagoniste que « la foule masse ». Quant à « la foule peuple » fouinant dans le passé et étudiant l’histoire en se servant des livres et du numérique, il lui arrive d’étaler l’inconstance, l’incohérence et l’inconsistance de ces agitateurs constamment présents dans la sphère politique kongolaise.
Le recours à l’histoire, aux archives et à la mémoire vivante fragilise ces agitateurs de l’espace public kongolais. Il amenuise leur « capital confiance » et compromet leur avenir politique. L’importance de leur nombre porte atteinte au fonctionnement normal de la sphère politique kongolaise dans la mesure où la politique est fondamentalement une question de confiance et d’amour (patriotique).
JOKA battait campagne seul
Un exemple. Sans entrer dans le débat sur le changement et/ou la modification de la constitution, il n’est pas facile de comprendre comment et pourquoi ceux et celles qui étaient restés à Kinshasa, qui étaient dans les bistrots ou dans les ambassades au moment où « Joseph Kabila » battait campagne pour un référendum populaire favorable à « sa constitution » peuvent se lever aujourd’hui pour défendre le même texte (déjà modifié à quelques reprises). Comment un individu a-t-il peut croire que « la métaloi » d’un pays pouvait être accueilli comme étant son oeuvre particulière ? Qu’est-ce une constitution ? N’est-ce pas une « loi fondamentale » structurant un peuple comme sujet historique agissant (consciemment) pour sa survie et sa mieux-vivre ? (J’y reviendrai dans un prochain article.)
Toute la politique kongolaise n’est pas celle dont il est question dans la sphère politique. Elle se prolonge dans les coulisses. Elle a ses coulisses. Elles doivent être connues et étudiées…
Chercher à comprendre ne signifie pas justifier quoi que ce soit. D’ailleurs, au sujet de cette constitution, ne me fiant pas aux questions dites d’actualité et critique acharné du présentisme, j’ai soutenu, en 2024, que s’ écharper pour une constitution d’un « Cheval de Troie » est une folie[1]. Cela n’empêche pas que la question de cet écharpement se pose. Pourquoi est-il devenu un choix pour ceux qui étaient restés à Kinshasa, dans les bistrots et dans les ambassades.
Ici, semble intervenir la question de « la métapolitique ». Toute la politique kongolaise n’est pas celle dont il est question dans la sphère politique. Elle se prolonge dans les coulisses. Elle a ses coulisses. Elles doivent être connues et étudiées par « la foule peuple » si elle veut participer de la sortie du pays du gouffre où les partisans et les artisans du présentisme et agitateurs professionnels sont en train de le plonger au nom de la démocrature.
Babanya Kabudi
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[1] JOKA met fin au débat sur « la constitution ». Il dit sa part de vérité – Ingeta