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Les Sud-africains, la xénophobie et les architectes

Les Sud-africains, la xénophobie et les architectes

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Par Mufoncol Tshiyoyo

Essayons de comprendre ce qui se passe en Afrique du Sud, sans tolérer l’inacceptable.

Beaucoup regardent les violences contre les migrants en Afrique du Sud et concluent immédiatement à la xénophobie. Le phénomène existe. Rien ne justifie les agressions, les humiliations et les violences dirigées contre des hommes et des femmes en raison de leur origine. Je ne justifie rien. Cependant, comprendre n’est pas excuser.

Une autre interprétation

Et si nous interprétions mal une partie de cette colère ? Après des décennies de lutte contre l’apartheid, beaucoup de Noirs sud-africains considèrent que la dignité ne se limite pas au droit de voter ou de circuler librement. Elle implique aussi le droit de refuser : des conditions humiliantes, des salaires de misère, des formes d’exploitation incompatibles avec la valeur qu’ils accordent à leur propre humanité.

Après des décennies de lutte contre l’apartheid, beaucoup de Noirs sud-africains considèrent que la dignité ne se limite pas au droit de voter ou de circuler librement.

Lorsque des travailleurs africains venus d’ailleurs acceptent ces conditions, certains Sud-Africains perçoivent dans cette acceptation non pas une trahison volontaire, mais un mécanisme qui désamorce la pression nécessaire à la transformation du système. Une question alors.

Comment expliquer qu’un Congolais, un Zimbabwéen, un Ghanéen ou un Nigérian accepte en Afrique du Sud des emplois qu’il considérerait comme dégradants dans son propre pays ? Pourquoi certains travaux paraissent-ils acceptables à l’étranger alors qu’ils seraient vécus comme une humiliation au pays ?

Les absents

Le migrant répondra qu’il cherche simplement à vivre, à nourrir sa famille et à envoyer quelques économies à ses proches. Il aura raison. Le Sud-Africain noir répondra que c’est précisément parce que des hommes acceptent l’inacceptable que le système continue de fonctionner sans être remis en cause. Il aura raison aussi. Les uns comme les autres subissent la même réalité. Les migrants acceptent ce qu’ils peuvent obtenir parce qu’ils sont dénués d’autre choix. Tandis que les Sud-Africains refusent ce qu’ils considèrent comme une nouvelle soumission parce qu’ils estiment avoir déjà trop payé.

Les migrants acceptent ce qu’ils peuvent obtenir parce qu’ils sont dénués d’autre choix. Tandis que les Sud-Africains refusent ce qu’ils considèrent comme une nouvelle soumission parce qu’ils estiment avoir déjà trop payé.

Entre ces deux logiques naît une incompréhension profonde. Et dans cette incompréhension, des hommes qui partagent la même condition finissent par s’affronter. Ce conflit entre deux conceptions de la dignité est réel. Mais il se produit dans un cadre que personne dans cette scène n’a construit et que personne dans cette scène ne contrôle. Un cadre qui impose au migrant d’accepter ce que le Sud-Africain refuse, et contraint le Sud-Africain à voir dans le Congolais un obstacle plutôt qu’un allié.

Ce cadre a des architectes. Il a été construit. Il continue d’être entretenu. Anglo American, Glencore, les héritiers Oppenheimer : voilà les absents de cette scène. Ils ne se battent pas. Ils comptent. Et le drame véritable, ce n’est pas que des Africains s’affrontent. C’est qu’ils s’affrontent là où on les a placés, sur un terrain qu’on a délimité pour eux, pendant que ceux qui ont délimité ce terrain regardent ailleurs.

 

Mufoncol Tshiyoyo, M.T., un homme libre

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