Par Jean-Pierre Mbelu
« Là où le désastre est une certitude, l’improbable est possible. »
– Babanya
Il arrive que certains événements troublent la quiétude individuelle et collective. Ils peuvent alimenter les questions dites d’actualité et assiéger l’imaginaire au point de nourrir une certaine naïveté et une certaine crédulité.
Il est vrai que les temps troublés sèment la peur et une certaine désolation. Au même moment que ces temps troublés invitent à la pratique de « l’éthique du désert » nécessaire au « dialogue intérieur », au « commerce avec soi-même », ils pourraient être des moments privilégiés pour rouvrir le livre. D’où l’importance, pour les amies et les amis de la pensée, d’avoir une petite bibliothèque chez soi et/ou d’en fréquenter une régulièrement.
Donald Trump, une chance énorme pour la pensée
Surtout qu’avec la présidence de Donald Trump, il y a une chance énorme à saisir : tout (ou presque) est dit clairement. Il n’est plus question de la guerre du bien contre le mal, de l’exportation de la démocratie et/ou de la défense des droits de l’homme. Non. Au sujet du pétrole vénézuélien, par exemple, il soutient que son pays va aller le chercher.
Donald Trump lui-même avoue qu’il reconduit la doctrine Monroe. Même si cette reconduction n’est pas sa reproduction, même si elle n’est pas du copier-coller, elle est un recours au passé. En d’autres termes, il n’y a rien de neuf sous le soleil US.
Son administration n’acceptera pas que ses adversaires et des ennemis aient accès aux ressources stratégiques de l’arrière-court US. Est-ce une nouvelle doctrine ? Non. Donald Trump lui-même avoue qu’il reconduit la doctrine Monroe. Même si cette reconduction n’est pas sa reproduction, même si elle n’est pas du copier-coller, elle est un recours au passé. En d’autres termes, il n’y a rien de neuf sous le soleil US. Les efforts déployés pour rendre à l’Amérique toute sa grandeur « again » s’inscrivent dans cette dynamique.
Est-ce possible de procéder à cette reconduction de la grandeur américaine en oubliant que « la fin de l’histoire » n’a pas eu lieu après la chute du mur de Berlin en 1989 et la fin de l’URSS en 1991 ? Cette (re)grandeur pourrait-elle être possible après que « le rêve américain » ait connu son « requiem », après que ses « péchés originaires » aient été mis à nu comme l’écrit Noam Chomsky dans « Requiem pour le rêve américain » (2017). Si les Américains les ont oubliés, les peuples qui en ont été victimes ne sont pas tous amnésiques.
Ni la fin de l’histoire, ni la fin des idéologies
En fait, « la fin de l’histoire » prédite par Francis Fukuyama n’a pas eu lieu et la (re)colonisation des pans entiers du monde par le néolibéralisme n’a pas mis fin aux idéologies. La lutte menée contre « la démocratie » au pays de l’Oncle Sam depuis les années 1960 (Lire N. CHOMSKY, Deux heures de lucidité (2001)) n’a pas empêché aux « communards » vénézuéliens, héritiers de Bolivar et de Chavez, de renverser la pyramide hiérarchique du pouvoir afin de le gérer à partir de la commune en votant des projets (après débats, délibérations et décisions collectives) et en participant patriotiquement à leurs réalisations.
« La fin de l’histoire » prédite par Francis Fukuyama n’a pas eu lieu et la (re)colonisation des pans entiers du monde par le néolibéralisme n’a pas mis fin aux idéologies.
Donc, les efforts (re)coloniaux déployés par « les petites mains » du néolibéralisme pour sonner « la fin des idéologies » ont échoué au pays de Chavez. Là-bas, contre vents et marées, il n’y a eu ni « fin de l’histoire », ni « fin des idéologies ». Ceci ferait très mal aux narrateurs de l’hégémonie néolibérale. Enlever le fruit pourri vénézuélien de la corbeille des pays du monde pouvant se laisser contaminer serait pour eux la meilleure solution…
Si demain le pétrole n’est plus vendu en dollar ?
Revenons au pétrole vendu exclusivement en dollar depuis les années 1971-1973. En écrivant « La stratégie du chaos. Impérialisme et islam. Entretien avec Mohammed Hassan » (2011), Michel Collon et Grégoire Lalieu notaient ceci : « Si demain, le pétrole n’est plus vendu exclusivement en dollar, la domination US s’effondrerait par manque de capitaux. »
Le Sud global est en train de réinventer le monde. Et chaque réinvention a son côté tragique. Elle fait surgir les monstres et dévoilé la mesquinerie des corrompus et des traîtres.
En sommes-nous déjà là avec tous ces pays des BRICS commerçant avec le Venezuela, la Chine, l’Inde, la Russie, l’Iran, l’Iran, l’Arabie Saoudite, etc., en leur propres monnaies ? C’est peut-être ce que nous entendons et voyons. Donc, le Sud global est en train de réinventer le monde. Et chaque réinvention a son côté tragique. Elle fait surgir les monstres et dévoilé la mesquinerie des corrompus et des traîtres.
Chaque réinvention porte en elle la certitude du désastre. Même si là où le désastre est une certitude, l’improbable reste possible. Les derniers événements du Venezuela auraient-ils rendu amnésiques ? Il y a eu le Vietnam, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Iran, le Kongo-Kinshasa, etc.
Une proposition de lecture
Les temps troublés peuvent plonger dans l’amnésie. Pour rafraîchir la mémoire, voici une proposition de lecture :
GEOFFROY, La superclasse mondiale contre les peuples (2018)
B. BADIE, Quand le Sud réinvente le monde. Essaie sur la puissance de la faiblesse (2018)
E. TODD, Après l’empire. Essai sur la décomposition du système américain (2002)
N. KLEIN , La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre (2008)
COLLON, Bush, le cyclone (2005)
A. ORAIN, Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe-XXIe siècle) (2025)
Babanya Kabudi