• IDEES & RESSOURCES POUR REINVENTER LE CONGO

Les politiciens Kongolais ont fui le débat

Les politiciens Kongolais ont fui le débat

Les politiciens Kongolais ont fui le débat 1024 576 Ingeta

Par Jean-Pierre Mbelu

S’évader de l’esclavage n’implique pas forcément une fuite des lieux de la plantation, la parole et l’écriture suffisent souvent à désincarcérer des moments tragiques. Un peu de vapeur pour paralyser la guerre et les forces de la mort. » – R. GORI

Des plus en plus, au coeur de l’Afrique, une approche dialogique de la politique disparaît. Des camps de politiciens se forment, se reforment, se déforment, se (re)reforment sans que le débat public entre ceux qui prétendent être  »les acteurs majeurs » de la politique kongolaise ait lieu. Au point de susciter certaines questions : « Qu’est-ce qui incite ces politiciens à s’auto-proclamer « acteurs majeurs » pendant que leur apport au débat publc pour rendre raison de leur engagement politique est nul ? Pourquoi ont-ils peur d’une confrontation en face à face ? » Il se pourrait que la guerre de basse intensité imposée au pays et devenue « une guerre perpétuelle » ainsi que « les élections-pièges-à-cons » y soient pour quelque chose. Que faudrait-ils faire au moment où ce manque de débat politique publique signe « la défaite de la raison »? Telles sont les questions qui sont au coeur de ce petit article et auxquelles il essaie de répondre en formulant certaines hypothèses.

Qu’est-ce qu’il y a eu ?

En 2006, avant « les élections-pièges-à-cons », il était prévu un débat entre les deux candidats à « la présidentielle ». Il n’a pas pu avoir lieu. Un membre influent de l’un de deux camps en présence a justifié la suppression de ce débat. A son avis, l’un des candidats risquait de sauter sur l’autre pour le frapper. Depuis 2006 jusqu’à ce jour, il n’y a presque pas de débat entre ceux qui sont considérés comme étant « les ténors », « les acteurs majeurs » de la politique kongolaise.

La guerre raciste de prédation et de basse intensité menée contre le pays de Lumumba depuis les années 1990 semble avoir mis fin à cette belle tradition de débat public.

Pourtant, le Kongo-Kinshasa était héritier d’une grande émission de débat politique dénommé « Deux sons de cloche » et animée par l’une des journalistes talentueuse du pays, Chantal Kanyimbo.

La guerre raciste de prédation et de basse intensité menée contre le pays de Lumumba depuis les années 1990 semble avoir mis fin à cette belle tradition de débat public. Qu’est-ce qu’il y a eu ? Pourquoi les politiciens kongolais ont-ils désormais peur du débat politique ? Comment en sont-ils venus à promouvoir les monologues atomisant « la foule masse » pour éviter qu’elle ne se convertisse pas en « foule peuple »? « Les deux sons de cloche » les mettaient face à face. Ils n’en veulent plus.

La guerre et  »les élections-pièges-à-cons »

La guerre perpétuelle imposée au pays et « les élections-pièges-à-cons » les auraient convaincus, qu’au Kongo-Kinshasa, rendre compte sur la place publique des raisons fondant leur engagement politique au cours de « la palabre » ne servait à rien. Le recours aux armes, l’achat et la vente des consciences, la coopération avec des « infiltrés », le mercenariat et la trahison de la cause populaire suffiraient pour avoir accès à la mangeoire politicienne. Engagés sur ces voies malsaines, ils auraient préféré les monologues atomisant « la foule masse » pour éviter qu’elle se convertisse en « foule peuple », « démiurge de sa propre destinée ».

Le recours aux armes, l’achat et la vente des consciences, la coopération avec des « infiltrés », le mercenariat et la trahison de la cause populaire suffiraient pour avoir accès à la mangeoire politicienne.

Au coeur de cette « foule masse », ces politiciens fuyant le débat politique argumenté en face à face ont produit des thuriféraires, des applaudisseurs, des tambourinaires, des « atalaku », des « communicateurs » et des « influenceurs » dont l’une des tâches fascistes est d’insulter, d’invectiver, de calomnier, de diffamer « les adversaires politiques ». L’éthique du soin à apporter au « nous » kongolais en subit des contre-coups. Le débat orchestré par ces « atalaku » interposés perd de sa capacité de participer à l’édification de la cité par la parole partagée et les actions concertées pour « le bien-vivre-ensemble ».

Il perd tout son sens. Il n’indique plus la direction collective que le pays peut suivre. Il défait la politique de sa signification profonde . Elle n’est plus une palabre au cours de laquelle des pactes et des alliances se concluent pour l’édification d’une cité kongolaise plus belle qu’avant ; dans le respect de la différence et du désaccord, en assumant des conflits non-meutriers et/ou « l’harmonie conflictuelle ». Donc, la fuite du débat signe « la défaite de la raison » et la massification aliénante et abrutissante des populations.

Supprimer les partis politiques ?

Ces politiciens aliénés ont perdu « la mémoire du sang » kongolais. Leur quête perpétuelle de l’accès à la mangeoire politicienne handicape leur engagement responsable sur la voie de l’émancipation de « la servitude initiale ».

Au Burkina Faso, les partis politiques et les syndicats, agents de la néocolonisation du pays, ont été supprimés. Le Kongo-Kinshasa devrait-il en arriver là ? Cela serait un changement souverainiste de paradigme. Un adieu serait dit à la politique du diviser pour régner et abêtir…Lumumba y avait déjà pensé.

Atomiser « la foule masse », nouer des alliances avec « les ennemis » de l’intérieur et de l’extérieur du pays en violentant la mémoire et la conscience historique, cela importe très peu pour eux du moment qu’ils ont besoin d’avoir accès à la mangeoire.

Ailleurs, dans un pays de l’AES, les partis politiques ont été supprimés. En effet, notait un journaliste, « au Burkina Faso, les partis politiques et les syndicats, agents de la néocolonisation du pays, ont été supprimés. Le ciel n’est pas tombé sur les têtes des « hommes et femmes intègres »». Le Kongo-Kinshasa devrait-il en arriver là ? Cela serait un changement souverainiste de paradigme. Un adieu serait dit à la politique du diviser pour régner et abêtir…Lumumba y avait déjà pensé…

 

Babanya Kabudi

INGETA.

REINVENTONS

LE CONGO

Informer. Inspirer. Impacter.

Notre travail consiste à :
Développer un laboratoire d’idées sur le passé, présent et futur du Congo-Kinshasa.

Proposer un lieu unique de décryptage, de discussion et de diffusion des réalités et perspectives du Congo-Kinshasa.

Aiguiser l’esprit critique et vulgariser les informations sur les enjeux du Congo, à travers une variété de supports et de contenus (analyses, entretiens, vidéos, verbatims, campagnes, livres, journal).