Par Jean-Pierre Mbelu
« Les civilisations survivent lorsqu’elles continuent à produire du savoir, à transmettre leur mémoire et à préparer l’avenir. Le XXIe siècle sera celui des peuples capables de transformer leur intelligence collective en souveraineté durable. »
– Dr. Eloi Bandia Keita
Les USA avaient donné leur ultimatum. L’armée rwandaise devrait être partie du sol kongolais ce 15 juillet 2026. Cela n’a pas eu lieu. Au contraire, un général rwandais aurait invité les Kongolais(es) à renoncer à leur rêve de voir le FPR/RPR obtempérer à l’ultimatum US.
Des hypothèses à écarter
Pourquoi cet ultimatum n’a-t-il pas été respecté par Paul Kagame et ses troupes ? Est-ce parce que le FPR/RDF est plus puissant que « la plus grande armée du monde »? Cette hypothèse est à écarter. Faut-il aussi écarter le fait que des surprises aient lieu dans les jours et les mois à avenir et que Paul Kagame et ses troupes comprennent qu’il n’est pas bon de se moquer de « la plus grande armée du monde »? Cette hypothèse est envisageable. Faut-il soutenir que l’armée kongolaise et ses alliés ont, dans l’entre-temps, croisé les bras pour attendre la manne du ciel US ? Non. Les témoignages du front kongolais ne permettent pas de partager cette hypothèse. Alors, comment expliquer que les USA parlent et la cause n’est pas dite dans les Grands Lacs Africains ?
Croire que les initiateurs de cette guerre peuvent y mettre fin pour les beaux yeux des Kongolais(es) relève de la naïveté et de la crédulité entretenus par un nombre important des Kongolais(es) sur fond du refus d’apprendre de l’histoire et de la volonté d’ignorer à la fois et l’histoire du pays et celle des autres pays ayant été victimes des mêmes bourreaux.
L’un des premiers réflexes à recommander est la relecture de l’histoire. Une relecture attentive et intelligente de l’histoire de cette guerre ayant duré une trentaine d’années pourrait aider les Kongolais(es) à comprendre que prendre un proxy pour un acteur majeur est une erreur grave. Surtout si ce récit est officialisé. Etablir la différence entre les acteurs majeurs et les acteurs apparents est un minimum à assurer dans la production de l’intelligence collective.
Sur cette question, les livres ont été écrits. A titre illustratif, j’en cite deux : J-P. BADIDIKE (éd.), Guerre et droits de l’homme en République Démocratique du Congo. Regards du Groupe Justice et Libération, Paris, L’Harmattan, 2007 et J. KANKWENDA MBAYA et F. MUKOKA NSENDA, La République Démocratique du Congo face au complot de balkanisation et d’implosion, Kinshasa, ICREDES, 2013.
Un deuxième réflexe serait un effort déployé pour renouer avec le réel. Le Rwanda est un pays pauvre. Il ne dispose pas de moyens pouvant lui permettre de mener une guerre pendant une trentaine d’années.. Non. Ce n’est pas possible. Le Rwanda travaille pour « l’autonomie stratégique » des tiers en sacrifiant ses filles et fils et l’Afrique des Grands Lacs. Il y a une rupture à opérer avec la dystopie.
Une troisième chose à comprendre est cette petite vérité sortie de la bouche d’une grande intelligence kongolaise, Jean Bofane. « Le bourreau ne peut jamais honorer sa victime ». Le Kongo-Kinshasa est une victime des »Carnages » qui sont »les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique » , comme l’a si bien noté Pierre Péan en 2010. Croire que les initiateurs de cette guerre peuvent y mettre fin pour les beaux yeux des Kongolais(es) relève de la naïveté et de la crédulité entretenus par un nombre important des Kongolais(es) sur fond du refus d’apprendre de l’histoire et de la volonté d’ignorer à la fois et l’histoire du pays et celle des autres pays ayant été victimes des mêmes bourreaux. « Les grandes puissances investissent dans les armes », le Kongo-Kinshasa devrait avoir l’ambition de devenir une grande civilisation investissant d’abord dans la souveraineté intellectuelle, comme dirait le Dr Eloi Bandia Keita.
Le tutorat est un rêve enfantin
Rompre avec la naïveté et la crédulité au Kongo-Kinshasa devrait être l’une des priorités des priorités. C’est le 15 juillet. L’armée rwandaise est encore au pays et il n’y a rien eu. On ne libère pas un pays. Un pays se libère. Le tutorat est un rêve enfantin.
Où se trouve le problème ? Qui est le tuteur des uns et des autres ? Etudier les questions liées au lobbying est important. Une lecture est disponible depuis 2010. « Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissance en Afrique » de Pierre Péan.
Babanya Kabudi