Par Mufoncol Tshiyoyo
J’observe avec un léger étonnement certains applaudissements lorsque les États-Unis annoncent des sanctions contre le Rwanda. Ces Congolais qui applaudissent tout… Comme si Washington punissait réellement un acteur extérieur à son propre dispositif stratégique. En réalité, Washington ne fait que recalibrer ses pions. Punir le Rwanda aujourd’hui, c’est pour elle une manière de se protéger elle-même, tout en gardant la main sur le jeu. En d’autres termes, Washington se punit lui-même.
L’histoire contemporaine de notre pays devrait pourtant rendre les applaudisseurs plus prudents. Washington fonctionne comme un joueur de billard qui avance simultanément plusieurs billes. Mobutu a cru en l’Amérique jusqu’au dernier jour, ignorant qu’au même moment, ses protecteurs préparaient déjà la suite. Nguz-A-Karl-I-Bond, dans son opposition à Mobutu, bénéficia du soutien américain pour exercer une pression sur Sese Seko, le léopard. Plus tard, ce sont Kengo wa Dondo et le cardinal Monsengwo, figures de la « troisième voie », qui furent encouragés à saturer l’espace politique et à s’assurer qu’aucune alternative réellement souveraine ne puisse émerger.
Pourquoi célébrer des sanctions qui ne sont que des ajustements techniques dans le cadre d’un projet de domination globale ? Le salut du Congo ne viendra pas d’un arbitrage américain, mais de notre capacité à briser toutes leurs billes sur la table.
Le piège est là. Pendant que vous signez des accords avec eux à Washington, pensant avoir gagné leur faveur, ils fabriquent déjà, dans l’ombre, les « opposants » ou les « médiateurs » de demain pour vous neutraliser si vous devenez trop gourmands. L’histoire congolaise montre que si les visages changent, le parrain, lui, ne change jamais de camp : il ne roule que pour ses intérêts.
Alors, pourquoi cette naïveté persiste-t-elle ? Pourquoi célébrer des sanctions qui ne sont que des ajustements techniques dans le cadre d’un projet de domination globale ? Le salut du Congo ne viendra pas d’un arbitrage américain, mais de notre capacité à briser toutes leurs billes sur la table.
Po ezali likambo ya mabele.
Mufoncol Tshiyoyo, un homme libre.