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Pourquoi l’Iran étudie-t-il ses adversaires et pas nous ?

Pourquoi l’Iran étudie-t-il ses adversaires et pas nous ?

Pourquoi l’Iran étudie-t-il ses adversaires et pas nous ? 150 150 Ingeta

Par Mufoncol Tshiyoyo

 

e ministre iranien des Affaires étrangères l’a dit sans détour : « Nous avons eu deux décennies pour étudier les défaites de l’armée américaine à l’est et à l’ouest de nous. » (https://x.com/Aesalerte/status/2029322089807626613)

Que ce soit un Iranien qui le dise ou non, cela importe peu. Parce que cette phrase, à elle seule, révèle déjà l’identité d’un peuple : un peuple qui, depuis longtemps, attendait et espérait que le jour de vérité entre l’Amérique et l’Iran arriverait. En observant cela, je me suis posé une question simple : « Est-ce moi qui suis étrange… ou est-ce le monde autour de moi ? » Car quelque chose ne cesse de me troubler, alors que nous autres, au pays qui a donné naissance à Lumumba, n’avons même pas commencé le travail élémentaire qui précède toute relation sérieuse avec d’autres: étudier ceux avec qui nous traitons.

Connaître l’autre

Un peuple qui ne connaît pas les puissances avec lesquelles il traite est condamné à être manipulé. La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut ou non traiter avec l’Amérique, avec l’Occident ou avec d’autres. La vraie question est plus grave : que savons-nous réellement d’eux ? La réponse est terrible : presque rien.

Que savons-nous de ceux que nous fréquentons ? Que savons-nous de la puissance américaine, de ses stratégies, de ses guerres, de son rapport aux peuples faibles, de son usage des élites locales ?

La preuve ? Au simple nom de l’Amérique, beaucoup de Congolais courent encore. Ils accourent à la première occasion, fascinés, intimidés, séduits, désarmés. Ce réflexe en dit moins sur l’Amérique que sur nous-mêmes. Faites le test : demandez aux Congolais qui habitent en Norvège de nous dire qui sont exactement les Norvégiens. Posez la même question à ceux qui vivent en Amérique sur les Américains, ou en Belgique et en France sur les Belges et les Français. Je ne parle pas de réciter l’histoire qu’on apprend dans les livres. Je parle de leur essence, de leur psychologie de la puissance et de leurs ressorts profonds. Peu, ou personne, ne saura donner une réponse sérieuse.

Pendant ce temps, les Français, les Belges et les Américains, eux, ont étudié ce que nous sommes. Ils ne l’ont pas fait à partir de nos propres prémisses ni de ce que nous disons de nous-mêmes, mais sur le fondement de leurs propres jugements et de leurs intérêts stratégiques. Qu’on se comprenne bien, je ne reproche à personne de fréquenter qui il veut. Ce n’est pas cela, le problème. Le problème est ailleurs : que savons-nous de ceux que nous fréquentons ? Que savons-nous de la puissance américaine, de ses stratégies, de ses guerres, de son rapport aux peuples faibles, de son usage des élites locales ?

Se préparer

Tenez, en 1996, on recrute des kadogo à l’est, et le reste du pays ouvre ses portes au Rwanda. Mais que savions-nous réellement du Rwanda avant ce qui nous arriva ? Que savons-nous de tous ceux qui réclament l’identité congolaise, non pour vivre simplement parmi les Congolais, ni pour travailler comme tout le monde, mais uniquement pour régner sur l’homme congolais ? Toujours la même logique : être « Congolais », oui — mais seulement à la commande du Congo. Si cela échoue, avec les parrains extérieurs, on revient sous une autre appellation : CNDP, RCD, M23. Les sigles changent. La mécanique reste la même. Alors je repose la question : que savons-nous d’eux ? En outre, pourquoi refusons-nous de définir sérieusement l’altérité qui nous impose la guerre ?

Nommer l’autre, le comprendre, l’étudier, ce n’est pas haïr. C’est se préparer…Tant que nous n’aurons pas le courage d’étudier ceux qui nous dominent, nous continuerons à appeler « partenaires » ceux qui, depuis des décennies, nous étudient bien mieux que nous ne les étudions.

Nommer l’autre, le comprendre, l’étudier, ce n’est pas haïr. C’est se préparer. Non, je ne me plains pas. Je cherche à comprendre pour mieux affronter. Alors oui, osons poser la question la plus difficile : qu’est-ce qui ne va pas avec nous ?

C’est, au fond, la même interrogation que posent certains observateurs étrangers aux Congolais. Jeffrey Sachs, professeur américain et l’un des pourfendeurs de Donald Trump, s’étonnait devant un « ministre » congolais : « Nous, l’Amérique, avons contribué à tuer Lumumba. Nous avons couvert ou laissé faire des guerres sur votre sol. Pourquoi continuez-vous à jurer par nous comme si votre destin dépendait de nous ? Et c’est là que le drame devient presque psychologique.

La question, c’est nous

Dans la confrontation entre l’Iran, les États-Unis et leurs alliés, certains Congolais pleurent déjà à l’idée que l’Amérique puisse perdre. Mais pourquoi ? Pourquoi avons-nous peur que l’Amérique perde ? Qu’est-ce que cela dit de nous ? Car au fond, la question n’est peut-être pas l’Amérique. La question, c’est nous.

Tant que nous n’aurons pas le courage d’étudier ceux qui nous dominent, nous continuerons à appeler « partenaires » ceux qui, depuis des décennies, nous étudient bien mieux que nous ne les étudions.

Likambo oyo eza likambo ya mabele…

Mufoncol Tshiyoyo, M.T., un homme libre

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