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De quoi parle-t-on réellement au Venezuela ?

De quoi parle-t-on réellement au Venezuela ?

De quoi parle-t-on réellement au Venezuela ? 1091 821 Ingeta

Par Mufoncol Tshiyoyo

Je reçois de nombreux courriers qui m’invitent à commenter ou à prendre position sur ce que l’on appelle désormais « le cas Venezuela ». Avant tout, j’aimerais préciser que je ne suis ni commentateur professionnel. Ni fanatique idéologique. Loin de m’inscrire dans l’urgence médiatique, je suis plutôt un observateur, certes intéressé, mais qui a l’habitude de poser les questions autrement. C’est une question de méthode.

Dans le cas présent, il ne s’agit pas de déterminer qui a tort ou qui a raison. Ni de distribuer des certificats de vertu ou d’indignation. Il ne s’agit pas davantage de plaindre le Venezuela ou de diaboliser Nicolás Maduro. Ce type de lecture, essentiellement morale et personnalisée, me paraît insuffisant pour comprendre ce qui est réellement en jeu.

L’heure des prédateurs

Or, depuis plusieurs années déjà, certains auteurs ont mis en garde contre l’entrée du monde dans une phase où la régulation par le droit, la norme ou la persuasion cède progressivement la place à la contrainte directe. Giuliano da Empoli, dans L’Heure des prédateurs (Gallimard, 2025), formule cette idée de manière explicite. Le titre, à lui seul, est révélateur. Il écrit notamment que nous sommes entrés dans un moment où « l’heure des prédateurs a sonné », un moment où il faut d’abord accepter les acteurs tels qu’ils sont, et où de plus en plus de différends se règleront par la force, le feu et l’épée. Il ne s’agit pas là d’un appel à la brutalité, mais d’un constat sur l’état du monde actuel.

Nous sommes entrés dans un moment où « l’heure des prédateurs a sonné », un moment où il faut d’abord accepter les acteurs tels qu’ils sont, et où de plus en plus de différends se règleront par la force, le feu et l’épée. Il ne s’agit pas là d’un appel à la brutalité, mais d’un constat sur l’état du monde actuel.

Bien avant Da Empoli, certains analystes russes formulaient déjà une lecture comparable du comportement stratégique américain. L’un d’eux, le professeur Kursov, cité dans Le Grand Soir à propos des frappes en Syrie, décrivait les Anglo-Saxons comme des « joueurs de billard à l’échelle mondiale », capables de frapper simultanément plusieurs boules avec un seul coup, en provoquant un chaos maîtrisé. Selon cette analyse, l’objectif n’était pas seulement régional, mais systémique : affaiblir les adversaires, couper leurs sources d’approvisionnement en matières premières et les étouffer technologiquement, sans jamais lâcher prise tant que l’adversaire n’a pas cédé ou n’a pas été brisé.

Dès lors, pour quelqu’un qui a lu et travaillé Leo Strauss, Machiavel ou encore Luciano Canfora, ce qui se déroule aujourd’hui n’a rien de surprenant. Ces auteurs ont montré, chacun à leur manière, que le pouvoir ne se pense jamais uniquement en termes de morale, même pas d’intérêts comme cela se raconte souvent, mais de rapports de force, de récits utiles et de dissimulations nécessaires.

Dans cette perspective, un mot s’impose sur le personnage de Donald Trump. Il ne m’impressionne pas. Non par dédain, mais par expérience historique. Les États-Unis produisent régulièrement ce type de figure lorsque les conditions structurelles l’exigent. Trump n’est pas une rupture anthropologique ; il est une itération. Hier, les Dick Cheney, Rumsfeld, Rice et bien d’autres stratèges d’inspiration straussienne avaient trouvé leur incarnation politique avec le fils Bush. Aujourd’hui, les partisans de MAGA ont produit une figure comparable, adaptée à un autre moment du cycle américain, plus brutale dans la forme, plus directe dans le langage, mais inscrite dans une continuité stratégique identifiable. S’arrêter au personnage revient donc, là encore, à se tromper d’objet. Ce qui importe n’est pas l’homme, mais la phase qu’il incarne.

C’est pourquoi la question centrale devient la suivante : de quoi parle-t-on réellement au Venezuela? J’en fais le titre de ce texte.

De quoi parle-t-on réellement au Venezuela ?

Et, plus encore, qui a intérêt à ce que l’on ne parle que de Maduro ? Car le Venezuela ne se réduit pas à un homme. Le Venezuela, ce n’est pas Maduro. C’est : les premières réserves prouvées de pétrole au monde, un pétrole lourd, indispensable à certains raffinages, une capacité de nuisance énergétique latente dans un contexte de tensions globales.

Le dossier vénézuélien ne serait-il pas, au fond, un levier dans une négociation plus large, indirecte, avec la Chine et l’Inde, sur l’accès aux ressources, la monnaie de règlement et l’équilibre du système international ?

Mais surtout — et c’est là que l’analyse mérite d’être déplacée — le pétrole vénézuélien circule de plus en plus hors du dollar. Qui parle du dollar américain touche à la faiblesse de l’empire. Le pétrole vénézuélien est principalement acheté par la Chine et l’Inde, selon des mécanismes de paiement qui contournent partiellement la monnaie américaine, notamment via le yuan et des dispositifs de compensation.

À partir de là, la focalisation obsessionnelle sur le « cas Maduro » appelle interrogation. Ne sert-elle pas à détourner l’attention de la question centrale, celle du contrôle des flux énergétiques et de leur inscription monétaire ? Celle du BRICS, comme organisation, qui attend la chute de l’empire non sur le terrain militaire, mais il détient la dette américaine. Le dossier vénézuélien ne serait-il pas, au fond, un levier dans une négociation plus large, indirecte, avec la Chine et l’Inde, sur l’accès aux ressources, la monnaie de règlement et l’équilibre du système international ?

Je n’avance pas ici de certitudes définitives. Je formule des hypothèses, fondées sur l’observation des flux réels, et non sur l’indignation ou l’alignement narratif. Je m’intéresse moins aux déclarations qu’aux circulations effectives de la valeur. C’est à partir de cette circulation que je poserai, le moment venu, d’autres questions. Mufoncol n’est pas un bavard. Il regarde où circule la valeur réelle — et c’est à partir de là qu’il construit son regard. La chute de Maduro ne m’impressionne pas. C’est plutôt la suite du jeu.

 

Mufoncol Tshiyoyo, M.T., un homme libre
Fondateur et CEO, Executive manager du Think Tank Lp, La Libération par la perception. Disside
nt.

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