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« Accepter le M23/Rwanda, mourez en silence, car nous on veut Kinshasa »

« Accepter le M23/Rwanda, mourez en silence, car nous on veut Kinshasa »

« Accepter le M23/Rwanda, mourez en silence, car nous on veut Kinshasa » 1351 697 Ingeta

Par Bénédicte Kumbi Ndjoko

« Accepter le M23/Rwanda, mourez en silence, car nous on veut Kinshasa » : Il y a des phrases que l’on ne prononce pas, mais que l’on fait vivre par ses silences, ses calculs et ses indignations sélectives. Celle-ci en fait partie.

Lorsque des jeunes de Goma annoncent vouloir manifester pour exiger le départ du M23, leur courage devrait être salué. Ils parlent depuis une zone occupée, au péril de leur sécurité. Pourtant, au lieu de solidarité, ils reçoivent des leçons de stratégie : ce n’est pas le bon endroit, ce n’est pas la bonne cible, il faut d’abord faire tomber Kinshasa. En filigrane, un message glaçant se dessine. « Endurez l’occupation, supportez les crimes, le temps que d’autres règlent leurs comptes politiques. »

Opposer la lutte contre l’occupation à la critique du pouvoir central est une fausse alternative. On peut, et on doit, exiger des comptes à Kinshasa sans jamais relativiser l’occupation armée, les massacres, les déplacements forcés, les viols systématiques. Présenter ces combats comme incompatibles n’est pas une analyse, c’est une manœuvre.

Ce raisonnement est présenté comme rationnel, parfois même humanitaire. En réalité, il est profondément cynique. Opposer la lutte contre l’occupation à la critique du pouvoir central est une fausse alternative. On peut, et on doit, exiger des comptes à Kinshasa sans jamais relativiser l’occupation armée, les massacres, les déplacements forcés, les viols systématiques. Présenter ces combats comme incompatibles n’est pas une analyse, c’est une manœuvre.

Car soyons honnêtes. Pour certains, la chute du régime est devenue un objectif si prioritaire que la vie des Congolais de l’Est est devenue négociable. Peu importe les rapports documentant la brutalité du M23 et de ses soutiens. Peu importe qu’au Kivu, un enfant soit violé toutes les trente minutes. Peu importe que des villes entières vivent sous la terreur. L’essentiel serait ailleurs, à Kinshasa. Les morts peuvent attendre. C’est ainsi que naissent les alliés objectifs. Pas nécessairement par adhésion explicite, mais par convergence d’intérêts. En minimisant les crimes du M23, en demandant aux populations occupées de se taire, en disqualifiant toute initiative locale de résistance, ces discours servent directement l’agenda de l’occupant. Ils transforment la souffrance en variable d’ajustement et appellent cela du réalisme politique.

Il faut tracer une ligne claire. Aucune ambition de pouvoir, aucun calcul stratégique, aucune rhétorique pseudo-humanitaire ne peut justifier que l’on demande à un peuple d’accepter l’occupation et de mourir en silence. Quand on en arrive là, on n’est plus dans l’analyse politique mais dans la déshumanisation. Les jeunes de Goma ne défendent ni un homme ni un camp. Ils défendent une évidence morale. A savoir qu’un peuple occupé a le droit de dire non, ici et maintenant. Leur combat ne concurrence pas celui qui doit être mené pour que Kinshasa prenne ses responsabilités. Il le précède et le fonde.

Car il n’y a pas de projet national crédible bâti sur l’abandon d’une partie du pays. Le Congo n’est pas un pion sacrificiel dans des jeux de pouvoir. Il n’est pas à libérer plus tard, une fois les équilibres politiques réarrangés. Accepter l’occupation aujourd’hui pour espérer faire tomber Félix n’est pas une stratégie. C’est une faillite morale.

BK

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