• IDEES & RESSOURCES POUR REINVENTER LE CONGO

Goma, Bukavu : pourquoi personne ne les a reprises jusqu’ici

Goma, Bukavu : pourquoi personne ne les a reprises jusqu’ici

Goma, Bukavu : pourquoi personne ne les a reprises jusqu’ici 2560 1707 Ingeta

Par Mufoncol Tshiyoyo

On nous répète souvent que des efforts sont fournis, et je veux bien le reconnaître. Mais reconnaître n’est pas renoncer. Une question fondamentale demeure pourtant : pourquoi la récupération de Goma et de Bukavu reste-t-elle une promesse dont le pays attend toujours la réalisation ?

Les villes sont tombées, soit. Et après ? En guerre, des localités tombent. Les populations sont déplacées, les familles endeuillées, les hôpitaux débordés et privés de tout. Cette immense souffrance rend l’exigence d’agir plus pressante encore. Une ville tombée ne saurait devenir une ville abandonnée. Par le passé, quand ces villes nous sont revenues, c’est qu’on nous les a rendues : nous ne les avons jamais reprises. Or, une ville qu’on vous rend peut vous être reprise. Mais, si nous les avions reprises nous-mêmes chaque fois qu’elles tombaient, les intrus ne seraient pas revenus s’y installer pour y dicter leur loi.

Le prix à payer

Ailleurs dans le monde, des peuples se lèvent et reprennent les villes qu’ils ont perdues. Ils en paient le prix. Et si d’autres le paient, pourquoi pas nous, Congolais ? C’est ce prix que j’interroge. Qui le paie réellement au Congo ? Qui assume les décisions, les renoncements et les responsabilités qu’exige la récupération du territoire ? Jusqu’à quand les populations du Kivu devront-elles en porter seules le poids ? Puisque pour elles, le temps de l’occupation est un temps d’injustice, de privation, d’humiliation et de misère. Chaque jour de plus engage la responsabilité de ceux qui croient, à tort ou à raison, détenir le pouvoir d’État.

Ailleurs dans le monde, des peuples se lèvent et reprennent les villes qu’ils ont perdues. Ils en paient le prix. Et si d’autres le paient, pourquoi pas nous, Congolais ? C’est ce prix que j’interroge. Qui le paie réellement au Congo ? Qui assume les décisions, les renoncements et les responsabilités qu’exige la récupération du territoire ? Jusqu’à quand les populations du Kivu devront-elles en porter seules le poids ?

Que fait-on du temps qui passe ? Ce temps devrait être celui de la mobilisation générale. Le Congo est un pays immense : cette immensité oblige. Elle commande de rassembler toutes les ressources humaines, matérielles et politiques nécessaires à sa défense. Notre souveraineté ne peut plus servir de simple décor à une puissance que les discours proclament, mais que les actes n’établissent jamais. Pour justifier l’inaction, on nous répondra que l’armée est infiltrée, inféodée, désorganisée. Soit. Mais depuis combien de temps nous répète-t-on ce diagnostic ? Qu’a-t-on entrepris pour y remédier ? Qui identifie les défaillances ? Qui les corrige ? Qui répond des résultats ? La Chine, de 2010 à 2012, a démantelé de l’intérieur le réseau de la CIA sur son territoire. Récemment encore, l’Iran a neutralisé des réseaux d’infiltrés liés au Mossad. Et plus simplement au Congo : combien d’infiltrés a-t-on réellement arrêtés et emprisonnés ?

L’infiltration existe dans toutes les armées du monde. Au Congo seulement, elle est devenue une explication perpétuelle qui dispense de reconstruire notre outil de défense. Si l’institution militaire est défaillante, la responsabilité d’un pouvoir qui se veut politique est de la refonder. Encore faut-il savoir contre qui on la refonde. Le Rwanda, proxy et État mercenaire au sens de Chomsky, ne m’impressionne pas, puisqu’un garçon de course n’a jamais impressionné une autorité engagée. Par ailleurs, un État mercenaire croit vendre ses services alors qu’il est en réalité choisi et mandaté par son maître. Voilà pourquoi on insiste : le Congo a affaire moins aux mercenaires noirs au service de l’Amérique qu’à leur parrain lui-même. La signature des accords dits de Washington a rendu ce maître-adversaire parfaitement lisible.

Une volonté contraire

Cette lecture ne dispense en rien l’État congolais de ses obligations : elle en fixe le prix. Kigali et ses « kapitas médaillés » (Jean-Pierre Mbelu) doivent être combattus sans faiblir. Mais derrière le bras qui frappe, c’est le visage du parrain qu’il faut regarder. Reprendre Goma et Bukavu, c’est défier un ordre que Washington a lui-même signé. Le prix est donc plus haut qu’on ne le dit, et il faut avoir le courage de le dire : un peuple à qui l’on cache le prix de sa libération ne le paiera jamais. Face à un tel adversaire, où est la stratégie nationale ? Quels moyens lui sont consacrés ? Quels résultats permettent d’en juger ?

Le patron protège le régime, il ne protège pas le territoire. Perdre Goma ne menace pas ce pouvoir. La reprendre le menacerait. Alors on choisit de ne pas mourir pour la patrie, en vendant à l’opinion l’image d’une paix factice. Pendant ce temps, sur le terrain, le pays est volé. Violé. Arraché. C’est la colonie sans gouverneur : un territoire administré par les siens au profit d’un ordre qu’ils ne commandent pas.

Si cette stratégie n’existe pas, c’est pour une raison terriblement simple. Il faut distinguer la sécurité du régime et la sécurité de la nation. Un pouvoir dont la survie dépend non de son peuple, mais d’un patron extérieur, n’a aucun intérêt à reprendre le Kivu par les armes. Comme sous Mobutu, le patron protège le régime, il ne protège pas le territoire. Perdre Goma ne menace pas ce pouvoir. La reprendre le menacerait. Alors on choisit de ne pas mourir pour la patrie, en vendant à l’opinion l’image d’une paix factice. Pendant ce temps, sur le terrain, le pays est volé. Violé. Arraché. C’est la colonie sans gouverneur : un territoire administré par les siens au profit d’un ordre qu’ils ne commandent pas.

Ce n’est donc pas un manque de volonté. C’est une volonté contraire. Cette volonté contraire utilise le langage de la paix. Pourtant, le mot seul ne suffit pas à effacer l’occupation. Quelle paix promet-on à ceux dont la terre est arrachée, dont les droits sont bafoués et dont l’existence reste livrée à la violence ? Or l’État n’est pas une église. Il se définit par le monopole de la violence légitime. Un État qui renonce à ce monopole sur une partie de son territoire cesse d’y être un État. Sa mission régalienne est de garantir la sécurité. C’est en échange de cette protection que le peuple lui accorde sa confiance et le suit jusque dans les moments les plus incertains. La paix n’est pas un concept abstrait. Elle exige des moyens réels pour la rendre effective.

À nous le combat

Pourquoi alors les débats sur les personnes, les mandats, les médailles et les voyages officiels occupent-ils tant de place ? La réponse est claire. Chacun de ces débats sert la sécurité du régime. Aucun ne sert la sécurité de la nation. Pendant ce temps, la diplomatie congolaise se réduit à des demandes d’aide. À des plaintes. À des accusations marquant l’impuissance. Des pleurs. Rien d’autre. Une grande nation présente au monde une volonté ferme, une organisation rigoureuse et une capacité réelle d’action. Je m’oppose fermement à ce pouvoir-os qui nous enferme dans des diversions permanentes pendant que l’essentiel demeure irrésolu.

Le Kivu concerne toute la nation. Goma et Bukavu ne sauraient pas être abandonnées à la seule endurance de leurs habitants.

Les fonctions publiques obligent juridiquement ceux qui les exercent. Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle le rappellent : les forces profondes pèsent, mais c’est l’homme d’État qui décide. Le « président », les « ministres », les « députés » et les « responsables militaires » répondront devant l’histoire de ce qu’ils auront fait pour la défense de la patrie. Mais quand la guerre est imposée, les titres s’effacent. Il ne reste que la guerre. Ensuite, des patriotes qui décident de défendre l’intégrité territoriale. Le Kivu concerne toute la nation. Goma et Bukavu ne sauraient pas être abandonnées à la seule endurance de leurs habitants.

C’est pourquoi, pour le Kivu, le Front du refus engage la lutte et appelle à une mobilisation totale. Des consciences. Des compétences. Des ressources et des responsabilités. Mais ne nous y trompons pas : la libération ne sera pas économique avant d’être militaire. Un territoire pris par la force ne se rend pas à coups de communiqués. Un appel engage d’abord ceux qui le lancent. Notre engagement se fera bientôt sentir sur le terrain. À nous le combat.

Que le sang du Katanga, du Kasaï, du Bandundu, de l’Équateur, de Kinshasa, de Kisangani et de Mbandaka se retrouve et s’unisse à Goma et à Bukavu. Par le sang versé, nous rachèterons notre terre, pour notre jeunesse et pour demain. Cette jeunesse a un droit inaliénable à un pays dont l’avenir ne soit pas suspendu à la bienveillance d’autrui. Elle a droit à des institutions qui assument leur mission. Le Congo attend de nous des actes à la hauteur de son histoire.

 

Oslo, Norvège
Mufoncol Tshiyoyo, M.T., un homme libre
Fondateur du think tank « La Libération par la perception » (Lp)
Représentant du Front du refus (FR)

INGETA.

REINVENTONS

LE CONGO

Informer. Inspirer. Impacter.

Notre travail consiste à :
– Développer un laboratoire d’idées sur le passé, présent et futur du Congo-Kinshasa.

– Proposer un lieu unique de décryptage, de discussion et de diffusion des réalités et perspectives du Congo-Kinshasa.

– Aiguiser l’esprit critique et vulgariser les informations sur les enjeux du Congo, à travers une variété de supports et de contenus (analyses, entretiens, vidéos, verbatims, campagnes, livres, journal).