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La métamorphose du « roi kongolâtre » et une relecture avertie de l’histoire

La métamorphose du « roi kongolâtre » et une relecture avertie de l’histoire

La métamorphose du « roi kongolâtre » et une relecture avertie de l’histoire 685 477 Ingeta

Par Jean-Pierre Mbelu

« Les pays les plus efficaces sont ceux qui sont dominés par l’idéal de la souveraineté. Le sentiment national rend intelligent. »
– E. TODD

Mise en route

Dès que les Kongolais perdent de vue que la guerre de basse intensité menée contre « la gâchette de l’Afrique » fut précédée et accompagnée d’une bonne dose de mépris, il leur sera un peu difficile d’avoir une perception plus ou moins exacte de la suite des événements. Ils devraient se rappeler qu’ils ont été, majoritairement, identifiés au « BMW ». Ils n’étaient que des buveurs de bière, des coureurs de jupon et des idolâtres de Mammon. Ces « BMW » méritaient d’être soumis et assujettis par les agents du néocolonialisme et du néolibéralisme au profit des trans et des multinationales.

Revenir sur la nature de la guerre perpétuelle imposée au pays est un ouvrage à remettre sur le métier. Cela permet de lutter contre l’amnésie et la prise des raccourcis liés aux questions dites d’actualité.

La fabrique de cette perception participait de la ruse et du mensonge. Elle jouait un rôle : justifier l’occupation des terres kongolaises et le pillage de ses ressources en en rendant indignes les propriétaires originaires. Cela après avoir corrompu plusieurs traîtres et matalaneurs parmi eux.

La fabrique de cette perception a servi au dépouillement des Kongolais de leur humanité. Tuer les « BMW » ne pouvait émouvoir grand monde. La preuve : plusieurs millions des morts sans un début d’un tribunal pénal international pour le Kongo.

Les agents du néolibéralisme, de l’ultralibéralisme et du néocolonialisme ont été choisis et sont choisis parmi les Africains et les Kongolais les plus cyniques, habités par un instinct de domination et une cupidité indéboulonnables. Plusieurs parmi eux ont été cités dans de différents rapports des Nations Unis sans qu’un début de procès s’en suive. Donc, ils se sentent pousser des ailes et peuvent recommencer. Revenir sur la nature de la guerre perpétuelle imposée au pays est un ouvrage à remettre sur le métier. Cela permet de lutter contre l’amnésie et la prise des raccourcis liés aux questions dites d’actualité.

Nature de la guerre et ses proxys

L’une des misères kongolaises est d’oublier la nature de cette guerre de basse intensité menée par des proxys interposés. Cet oubli est fatal. Il pousse certains gouvernants kongolais dans les bras des ultralibéraux[1] l’alimentant. Ils fuient la pluie en plongeant dans la fleuve ! (Bazo kima mbula na ebale!) D’où un certain cercle vicieux…

Conscience historique et conscience nationale : voilà ce qui manque aux masses populaires kongolaises et à plusieurs jeunes kongolais.

Nommer cette guerre, en identifier les acteurs pléniers et les proxys jouant le théâtre des acteurs apparents, c’est le début de sa fin. A condition que cette nomination et cette identification soient vraies et non hypocrites. Qu’elles soient partagées individuellement et collectivement de façon qu’elles participent de la fabrication de la conscience historique et de la conscience nationale.

Conscience historique et conscience nationale : voilà ce qui manque aux masses populaires kongolaises et à plusieurs jeunes kongolais. D’où certains énervements sporadiques et non transformateurs de ceux les ressentent en « démiurges collectifs de leur destinée ». Même si cette mutation besoin des leaders résilients et ayant de la voyance. Les groupes humains sont ainsi faits qu’ils aiment s’identifier aux meilleurs d’entre eux.

Souvent, la question de l’intervention du Rwanda dans cette guerre rebondit. Le statut d’acteur majeur qui lui est reconnu est mensonger. Il est faux. Malheureusement, ce statut n’est pas fondé sur une relecture avertie de l’histoire et sur certaines sources bien documentées. Lorsque Judi Rever écrit « Rwanda. L’éloge du sang » (Paris, Max Milo, 2020), elle y détaille l’entourage « gouvernemental » anglo-américain de Paul Kagame. Le 19 septembre 2026, Ali Abdulkarim publie un article intitulé « Se vendre à un dictateur : les complices américains de Kagame exposés aux sanctions américaines ». Il note que « De Lorenzo -un américain naturalisé rwandais- n’est qu’un rouage dans une machine beaucoup plus vaste de validation occidentale. Kagame a systématiquement déployé une flotte d’Américains de haut niveau pour présider, diriger et légitimer les principales institutions financières, académiques et de développement du Rwanda. »

Ce secret de polichinelle peut renvoyer à un autre article écrit par Edward Herman et David Peterson et intitulé « Paul Kagame : our kind of guy » (Paul Kagamé : « Our Kind of Guy », par Edward S. Herman , David Peterson). Cet article documente le rôle de Paul Kagame dans une guerre secrète menée par « l’empire de l’intelligence » dans les Grands Lacs Africains.

Depuis quelques jours, la sortie médiatique de Joseph Kabila semble avoir énervé plusieurs compatriotes ayant oublié une petite vidéo d’un député européen, Jean-Luc Schaffhauser, disant de quoi ce monsieur applaudi comme « rais » au coeur de l’Afrique est le nom. La vidéo est là :22.06.2016 Massacres dans l’Est du Congo.

Une hypothèse à creuser

De ce qui précède, il y a lieu d’émettre une hypothèse à creuser. Il se pourrait que ça soit les mêmes qui arment les uns et les autres pour piller le pays et éviter que « la gâchette de l’Afrique » ne se reconstruise et s’émancipe du néocolonialisme ultralibéral. Et que l’Afrique prenne son envol.

Il y a lieu d’émettre une hypothèse à creuser. Il se pourrait que ça soit les mêmes qui arment les uns et les autres pour piller le pays et éviter que « la gâchette de l’Afrique » ne se reconstruise et s’émancipe du néocolonialisme ultralibéral. Et que l’Afrique prenne son envol. Un détour par la première et la deuxième guerre mondiales peut venir au secours de cette hypothèse. Les uns et les autres ont été armés par les mêmes.

Un détour par la première et la deuxième guerre mondiales peut venir au secours de cette hypothèse. Les uns et les autres ont été armés par les mêmes. Daniele Ganser abonde dans ce sens dans son livre intitulé « Une brève histoire de l’empire américain. Le mythe de l’exceptionnalisme » (Paris, Demi-Lune, 2021). C’est d’un. De deux, la guerre est un business. Elle profite à plusieurs entreprises trans et multinationales. Celles-ci en profitent pour essayer leurs logiciels et certaines de leurs armes. Naomi Klein y fait allusion dans son livre intitulé « La stratégie du choc. La montée du capitalisme du désastre » (Actes Sud, 2008).

La naïveté consiste à croire que les acteurs apparents écrivent et réécrivent l’histoire du Kongo-Kinshasa et de l’Afrique des Grands Lacs. Et malheureusement, c’est d’eux que les Kongolais(es) veulent toujours parler en commentant leur théâtralisation d’une histoire jouée dans les coulisses et au cours de laquelle ils s’assument comme « esclaves volontaires ». Cela étant, leur responsabilité dans la descente du pays aux enfers n’est pas négligeable.

Le Kongo et la tutelle de l’ONU

Pour revenir à la dernière sortie médiatique de Joseph Kabila, une relecture du livre de Jean-Claude Willame intitulé « Les « faiseurs de paix ». Gestion d’une crise internationale dans un pays sous tutelle » (Bruxelles, Grip, 2008) s’impose. La couverture de ce livre dit, en filigrane, ce que Jean-Luc Schaffauser explicitera plus tard dans la vidéo susmentionnée. Il a été imposé par les « faiseurs de paix » dans un pays traversant une crise internationale et mis sous la tutelle de l’ONU depuis 1999. Les élections successives n’ont pas mis fin à cette tutelle. L’ONU est toujours au Kongo-Kinshasa.

Emprunter certains raccourcis consistant à réduire la question kongolaise aux disputes entre les acteurs apparents me semble être une grave erreur historique de lecture.

Donc, la même crise perdure. Pourquoi ? Relire Frantz Fanon peut rafraîchir la mémoire des amnésiques.« Il n’est pas vrai de dire que l’ONU échoue parce que les causes sont difficiles. En réalité, l’ONU est la carte juridique qu’utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force échoue. Les partages, les commissions mixtes contrôlées, les mises sous tutelle sont les moyens légaux internationaux de torturer, de briser la volonté d’indépendance des peuples, de cultiver l’anarchie, le banditisme et la misère», écrit-il. Joseph Kabila, ses proches, les Kongolais traîtres, corrompus et matalaneurs sont impliqués dans ce processus de destruction systématique du pays.

Pendant dix-huit ans, de son propre aveu, Joseph Kabila, « le raïs 100% », n’a pas su « transformer » les Kongolais dans leur ensemble. En dehors de ceux qui avouent « leur désir insatisfait d’être rassasié par « le raïs » (en disant publiquement : Kabila totondi yo nanu te!), il a fait face à la résistance, à la insoumission et à la résilience des minorités tant soit peu organisées. Même si son entreprise kleptocratique lui a permis de faire les poches au pays de Lumumba et en leur imposant un prix fort.

Après dix-huit ans, il est parti du pays sans dire au revoir à « ses administrés ». Quelques années après, le voilà qui annonce son retour pour « refonder la nation ». Habité par la pulsion de la mort, il est en train de « brûler » ses avoirs acquis illicitement en prétendant qu’il est devenu capable de reconstruire ce qu’il a contribué à détruire pendant dix-huit ans. Comment peut-il y parvenir en choisissant cyniquement d’imposer la violence et la destruction aux Kongolais qu’il n’a pas su transformer pendant dix-huit ans et qui, après lui, ont relu leur histoire, ont érigé le mémorial du « génocide » auquel il a, de près ou de loin, participé et passent et repassent entre eux les vidéos de la fabrication de son « identité »?

« Le roi kongolâtre » recherche du boulot

En fait, « le roi kongolâtre » est en train de rêver. Il est parti et il croit avoir opéré une mue, une métamorphose empêchant qu’il soit reconnu dans ses oeuvres kleptocratiques et thanatophiles[2]. Il a idolâtré le Kongo comme étant son coffre-fort et ne sait pas que tout ce qui est excessif est insignifiant. Il a sombré dans une dystopie et un nihilisme qui ne disent pas leur nom. Mais, ce n’est pas lui. Ses proches et lui-même veulent poursuivre leur service auprès de leurs employeurs que Susan George appelle « les usurpateurs ». Ceux-ci travaillent, main dans la main avec l’ONU, à la balkanisation du Kongo et à la création des petits Etats en confrontation permanente pour éviter la naissance et/ou la renaissance d’un Kongo fort et d’une Afrique différente, insoumis aux diktats des trans et des multinationales et des individus souverains et ultralibéraux.

Que faire ? Pour la jeunesse kongolaise, l’immersion patriotique est une panacée. Pour les collectifs citoyens et leurs regroupements à la base de la société kongolaise, le temps est à l’action coopérative et au soutien des gardiens et des défenseurs des terres kongolaises. Les stratégies des luttes des « Kamwina Nsapo » et des « Mayi Mayi » devraient être mises à profit là où elles ne le sont pas encore.

Tel est l’enjeu majeur. En effet, « les ETN (entreprise transnationales) interviennent jusque sur la scène internationale. Non contentes d’avoir détourné à leurs profits les fonctions exécutives, législatives et même judiciaires de l’Etat, les transnationales mettent à présent le grappin sur les Nations unies. Cette infiltration ne s’est pas faite clandestinement, mais à l’invitation du Secrétaire général en personne, par l’entremise du Pacte mondial des Nations unies qui sert les ambitions de la classe de Davos : devenir maître du monde.[3]» Une classe que les ultralibéraux de la Silicon Valley et du Big Data voudraient supplanter au dépens de toute forme étatique et de « la démocratie ».

Donc, emprunter certains raccourcis consistant à réduire la question kongolaise aux disputes entre les acteurs apparents me semble être une grave erreur historique de lecture. La mise sous tutelle du pays depuis 1999 se poursuit et voudrait casser la résistance, la résilience et l’insoumission kongolaises. Que faire ? Quelques propositions sont données dans ce texte. Pour la jeunesse kongolaise, l’immersion patriotique est une panacée. Pour les collectifs citoyens et leurs regroupements à la base de la société kongolaise, le temps est à l’action coopérative et au soutien des gardiens et des défenseurs des terres kongolaises. Les stratégies des luttes des « Kamwina Nsapo » et des « Mayi Mayi » devraient être mises à profit là où elles ne le sont pas encore.

Il y va de l’émancipation de « la gâchette de l’Afrique » de forces de la mort et de l’humiliation dont le pays souffre depuis plusieurs années. Rejoindre le Sud Global dans ses efforts de la réinvention d’un autre monde possible demeure une urgence.

 

Babanya Kabudi

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[1] Lire E. TODD, La dislocation, Paris, Gallimard 2026.
[2] Lire J.-P. MBELU, Demain, après Kabila, Paris, Congo Lobi Lelo, 2018.
[3] S. GEORGE, Les usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir, Paris, Seuil, 2014, p. 26.

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