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Un homme et un service : nécessité d’une révolution culturelle et de la réinvention de l’école kongolaise

Un homme et un service : nécessité d’une révolution culturelle et de la réinvention de l’école kongolaise

Un homme et un service : nécessité d’une révolution culturelle et de la réinvention de l’école kongolaise 739 415 Ingeta

Par Jean-Pierre Mbelu

« Dieu est fâché contre nous parce que les noirs refusent d’utiliser leurs cerveaux. Réveillez-vous (…)On reste concentré ! Que Dieu donne une bonne intelligence à tout un chacun ! Que Dieu nous éclaire, nous éveille, nous illumine ! » I.T.

Quelque chose se passe au Kongo-Kinshasa. Il y a là comme un débat d’une révolution culturelle. Un homme, le Lietenant-Général Kasongo Kabwik est en train de marquer l’histoire du pays. Impliqué dans la rééducation des jeunes abandonnés dans les rues des villes kongolaises, il est en train de les transformer en bâtisseurs d’un pays plus beau qu’avant. Comment a-t-il pu être identifié ? C’est le secret de son chef, Félix-Antoine Tshisekedi. Comment a-t-il pu constituer ses équipes afin que le meilleur de ces enfants abandonnés à leur triste sort puisse être utilisé à meilleur escient ? Il y a là des études à mener pour en savoir plus.

Néanmoins, il ne serait pas exagéré d’émettre l’hypothèse selon laquelle la rééducation de ces jeunes à l’amour de leur pays et de leurs compatriotes aient joué un rôle majeur. Cette rééducation fondée sur le patriotisme, la rigueur et la discipline semble être au coeur de la restructuration et à la réorientation de ces vies jadis vouées aux gémonies. Une autre hypothèse serait que chaque fois que les Kongolais(e) compétent(es) sont choisi(es) et mis(es) à la place qu’il faut, les résultats finissent par être bons. Comment imposer le choix de la compétence et du sérieux comme marque de fabrique d’un Kongo-Kinshasa différent ? Cela d’autant plus que le pays n’en manque pas. Il se pourrait que le passage par la révolution culturelle soit l’une des meilleures voies.

L’école, l’université et le modèle société kongolais remis en question

Rééduqués et disciplinés, ces jeunes jadis abandonnés sont aujourd’hui invités à rendre sa beauté à la capitale kongolaise, ville abritant des grandes écoles, des universités, des instituts supérieurs du pays, les grandes institutions, une multitude d’églises et un nombre impressionnant de sommités du Kongo-Kinshasa. Comment expliquer que tout ce beau monde supposé éduqué et qualifié dans plusieurs matières humanistes et scientifiques n’ait pas compris qu’il devait participer à l’édification d’une kongolaise plus belle qu’avant ? Qu’est-ce qui n’a pas pu marcher ?

Comment imposer le choix de la compétence et du sérieux comme marque de fabrique d’un Kongo-Kinshasa différent ? Cela d’autant plus que le pays n’en manque pas. Il se pourrait que le passage par la révolution culturelle soit l’une des meilleures voies.

Ici peut se reposer la question mise dans la bouche de la Grande Royale par Cheikh Amidou Kane  dans les années 1960 : « Ce que nos enfants vont apprendre à l’école vaut-il ce qu’il vont oublier ? » L’oubli des soins à apporter à la chose commune vaut-il les études et les diplômes décrochés au coeur de l’Afrique ? L’oubli de l’éthique du soi en a disqualifié plusieurs.

Rééduqués et disciplinés, ces jeunes bâtisseurs ayant fabriqué des bancs pour plusieurs écoles et universités, ayant produit plusieurs tonnes de maïs et alimenté le marché intérieur, ayant construit des écoles et des bâtiments administratifs, ayant construit une belle ville à Kaniama Kasese, etc. posent une question brûlante : celle du modèle d’école et du contenu des matières qui y sont dispensées. A quoi bon multiplier des écoles, des universités, des instituts supérieurs et d’autres centres de formation si les citoyens et les citoyennes qu’ils fabriquent ne répondent pas aux besoins essentiels du pays, à l’éthique du soin et à celle de la dignité patriotique et souverainiste ?

Rééduqués et disciplinés, ces jeunes bâtisseurs remettent en question le modèle sociétal kongolais et en appellent à la révolution culturelle.

Nécessité d’une révolution culturelle pour renouveler l’humain kongolais

Plusieurs compatriotes kongolais soutiennent, à raison, que ce dont le Kongo-Kinshasa a urgemment besoin, c’est d’une révolution culturelle pouvant remettre les cerveaux à l’endroit et intégrer les pratiques de désenvoûtement de  »la sorcellerie capitaliste ».

La recréation d’un homme nouveau et d’une femme nouvelle au coeur de l’Afrique passe absolument par la révolution culturelle. Elle peut participer de l’insurrection des consciences, à l’éveil du divin en l’humain kongolais.

Rééduqués et disciplinés, coachés par un homme et une équipe compétents ces jeunes bâtisseurs donnent des preuves que la souveraineté intellectuelle est une des conditions sine qua non d’une souveraineté intégrale. Ils ont prouvé que le Kongo-Kinshasa, par exemple, peut manger ce qu’il produit et produire ce qu’il mange afin de combattre la guerre de la faim imposée par « les cosmocrates » ; que les filles et les fils de ce pays peuvent le rebâtir si les moyens qu’ils font fructifier sont mis à leur disposition.

Ici se pose une question cruciale : qui va mettre ces moyens à leur disposition si  »les kuluna en cravate »  »aux affaires » ayant fait de la corruption et de la traîtrise un sport national ne les disponibilisent pas et qu’ils bénéficient d’une totale impunité ? Une autre question se pose : comment procéder à l’envoi des  »kuluna en cravate » à Kaniama Kasese afin qu’une fois rééduqués et disciplinés, ils renoncent à la corruption et à la traîtrise ? Une troisième question : la production d’un nouvel homme kongolais et d’une nouvelle femme kongolaise ne passerait-elle pas par une révolution culturelle semblable à celle de la Chine de Mao ?

En 1971, Alain Peyrefitte publiait un livre « prophétique » intitulé « Quand la Chine s’éveillera…le monde tremblera » (Paris, Fayard). La Chine s’est éveillée. Elle ne laisse personne indifférent. L’ancien monde tremble. Et voilà… En Amérique Latine, un homme politique, s’est risqué sur une voie semblable à celle de Mao. L’un de ses sept « péchés » est d’avoir initié et propagé une révolution culturelle. Il s’agit d’Hugo Chavez. Lire « Les 7 péchés d’Hugo Chavez », livre publié par Micehl Collon en 2009 (Bruxelles, Investig’Action) est édifiant à ce sujet.

Oui. La crise kongolaise est fondamentalement une crise de sens, une crise d’orientation, une crise culturelle. Le pays peut effectuer des pas de géant en réalisant une révolution culturelle, portée par un collectif discipliné , courageux, résistant, résilient et conscient de sa mission ; sur le court, moyen et long terme. Les autres petites crises sont les produits de la crise de la souveraineté intellectuelle dans laquelle le pays est plongé depuis son indépendance formelle jusqu’à ce jour. La recréation d’un homme nouveau et d’une femme nouvelle au coeur de l’Afrique passe absolument par la révolution culturelle. Elle peut participer de l’insurrection des consciences, à l’éveil du divin en l’humain kongolais.

Hégémonie culturelle et rééducation des « kuluna en cravate »

Gramsci l’avait compris lorsqu’il soutenait qu’en matière d’hégémonie culturelle, « si vous occupez la tête des gens, leurs coeurs et leurs mains suivront. Le système dominant n’a pas oublié cette leçon et a créé une nouvelle narration de l’histoire pour raconter et légitimer sa domination et ce qui est en train de se passer de le monde. » (R. PETRELLA, Pour une nouvelle narration du monde, Montréal, Ecosociété, 2007). La Chine a compris cela très tôt et a renversé la vapeur. Plusieurs pays des BRICS et ceux qui leur sont proches sont en train de lui emboîter le pas.

Avec le Service National, la rééducation des kuluna « de la rue » est un sérieux pas en avant pour le pays. Serait-il possible de confier à Kasongo Kabwik et à son équipe « les kuluna en cravate »?

Le Service National au Kongo-Kinshasa est plus ou moins sur la même lancée. La question devrait être étudiée en profondeur afin que ce Service soit impliqué dans la grande révolution culturelle structurant la souveraineté intellectuelle. Il y va des orientations historiques, politiques, épistémiques, éthiques et spirituelles à adopter collectivement.

En attendant, disons qu’avec le Service National, la rééducation des kuluna « de la rue » est un sérieux pas en avant pour le pays. Serait-il possible de confier à Kasongo Kabwik et à son équipe « les kuluna en cravate »? Après six mois, le Kongo-Kinshasa serait sur la voie de devenir un petit paradis, me semble-t-il. Qui osera ? Victimes consentantes de « la servitude volontaire », du larbinisme et du syndrome de Stockholm, ils sont sous la protection permanente des « cosmocrates » et jouissent d’une certaine intouchabilité. D’où viendra un collectif d’hommes et des femmes forts, patriotes, capable de briser ce tabou ? Tel est l’un des grands défis.

 

Babanya Kabudi

INGETA.

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