• IDEES & RESSOURCES POUR REINVENTER LE CONGO

Les sanctions contre « Joseph Kabila » et le storytelling kinois

Les sanctions contre « Joseph Kabila » et le storytelling kinois

Les sanctions contre « Joseph Kabila » et le storytelling kinois 1071 720 Ingeta

Par Jean-Pierre Mbelu

« Une société qui se ment n’apprend rien. Elle est condamnée, non pas nécessairement à disparaître, mais à vivre dans le chaos permanent. Se mentir à soi même est le péché intellectuel sans rémission. »
– Eboussi Boulaga

Le 28 avril 2026, sur X, un message tombe : « 90% des kinois souffrent de troubles mentaux ». Qui signe cette alerte ? Un neuropsychiatre kongolais chargé du programme de santé mentale du CNPP. Quelques jours après, les réseaux sociaux s’emballent : « « Joseph Kabila » est sanctionné par les USA . » Dans plusieurs milieux kinois, l’ambiance est à la fête. Des questions du genre « qui est et qui était « Joseph Kabila »? Qui a fait que d’inconnu qu’il était il devienne « président » du Kongo-Kinshasa ? Où a-t-il effectué son premier grand voyage international ? Pourquoi ? Qu’a-t-il donné en échange pour qu’il succède à Laurent-Désiré Kabila sans qu’il passe par « les élections-pièges-à cons » ? » semblent être esquivées par « les kinois » en fête.

L’objet de la fête et les livres

Quel serait l’objet de cette fête ? Est-elle la résultante de « troubles mentaux » décriés par le Dr Emmanuel Epenge, d’une connaissance approfondie de l’identité réelle de « Joseph Kabila » que plusieurs kinois ont applaudi comme leur indispensable et indépassable « raïs » et/ou du rôle qu’il a joué au coeur de l’Afrique au profit des « usurpateurs » ?

Il ne sert à rien de demander aux « fêtards » d’aller feuilleter certains livres pour rafraîchir leur mémoire sur « le secret de Joseph ». Pourtant, il est dévoilé par « Les nouveaux prédateurs. Politique des puissances en Afrique centrale ».

La difficulté dans ce genre de situations est qu’il ne sert à rien de demander aux « fêtards » d’aller feuilleter certains livres pour rafraîchir leur mémoire sur « le secret de Joseph ». Pourtant, il est dévoilé par « Les nouveaux prédateurs. Politique des puissances en Afrique centrale » (Paris, Fayard, 2003) de Colette Braeckman. « Pourquoi, demande l’autrice, les capitales occidentales réservent-elles un accueil cordial à ce jeune homme hier inconnu et qui s’est illustré récemment que par une défaite retentissante ? [1]»

Voici la réponse : « La première raison, c’est que, à l’inverse de son père (?) qui préférait Pékin à Washington, Joseph Kabila a compris que la légitimité extérieure lui était indispensable. Qu’il devait se faire connaître en Occident avant se rendre dans les capitales africaines ou à l’intérieur de son pays. Durant trois décennies cette recette avait assuré la pérennité du régime Mobutu. [2]»

« Joseph Kabila » et les « usurpateurs »

Y a-t-il eu réellement un secret ? Il ne me semble pas. Fabriqué par les anglo-saxons au cours de la guerre de basse intensité contre le coeur de l’Afrique, « Joseph Kabila » devait être reconnaissant à l’endroit de ses « véritables créateurs » l’impliquant dans leur projet de produire au Kongo-Kinshasa « un Etat-raté-manqué ». Le narratif officialisé que Colette Braeckman reconduit voudrait convaincre les plus naïfs d’entre les Kongolais(es) que « le raïs », par sa propre volonté, s’est engagé sur les traces de Mobutu. Ce n’est pas du tout ça.

Déconnecter le Kongo de la Chine, le reconnecter aux circuits dominants anglo-saxons sous le faux prétexte de « la renaissance africaine », telles ont été certaines missions confiées à « Joseph Kabila » par « ses créateurs » et « leurs petites mains » africaines.

Au service de ses « créateurs » comme en a témoigné le député européen, Jean-Luc Schaffhauser, dans une petite vidéo de plus ou moins deux minutes[3], « Joseph Kabila » répond au désir des « usurpateurs » d’accéder à bas prix aux matières premières stratégiques du pays en le connectant aux circuits dominants avec la bénédiction des « huissiers du Capita » et de leurs « petites mains » régionales dont Museveni et Kagame.

Déconnecter le Kongo de la Chine, le reconnecter aux circuits dominants anglo-saxons sous le faux prétexte de « la renaissance africaine », telles ont été certaines missions confiées à « Joseph Kabila » par « ses créateurs » et « leurs petites mains » africaines. Pour les réaliser, il a mis en place « un Etat criminel » en institutionnalisant la corruption et la violence.

Sanctions et manipulation systémique

En effet, en 2016, une ONG[4] financée par « ses créateurs » a initié une étude sur « la pérennité d’un Etat criminel au coeur de l’Afrique depuis le règne de Léopold II jusqu’à ce jour » en détaillant les sept piliers sur lesquels il reposait. Cette étude reconduisait, en quelque sorte, l’appel du « Congo Act de 2006 » recommandant une intervention américaine directe dans « zones grises du Congo » afin de le tirer de l’influence chinoise. De 2006 à 2026, les think tanks US ont travaillé. Ils en sont arrivé au fameux « deal » applaudi par « les kinois » dont le pronostic mental laisse à désirer.

Ces sanctions sont une épée de Damoclès sur les têtes des gouvernants vassalisés afin qu’ils se contentent de la légitimité extérieure et la souveraineté de pacotille. Donc, que les sanctions à l’endroit du « raïs » suscitent la fête sur certaines places de Kinshasa, il y a lieu de se poser l’une ou l’autre question : « Est-ce que ça relève de la neuropsychiatrie, du rejet du livre ou de deux à la fois ? »

Que « Joseph Kabila » soit sanctionné par « ses créateurs », cela prouve, entre autres, que le modèle de Mobutu ne sait plus être reproduit ; contrairement à ce qu’en pensent certains gouvernants rêveurs. Ce n’est pas tout. Cela relève aussi de la manipulation systémique du « capitalisme de la finitude »[5] soucieux de recoloniser le Kongo-Kinshasa et l’Afrique. C’est un signal envoyé aux autres « créatures » du même système gérant le pays sous l’oeil vigilant des « huissiers du Capital » afin qu’elles ne s’écartent pas de la ligne vassalisante tracée par « leurs créateurs » sous peine de subir le même sort que « le raïs ». Surtout qu’elles n’osent pas diversifier le partenariat stratégique dans un monde appelé à la polycentricité et à l’harmonie conflictuelle. Donc, ces sanctions sont une épée de Damoclès sur les têtes des gouvernants vassalisés afin qu’ils se contentent de la légitimité extérieure et la souveraineté de pacotille.

Donc, que les sanctions à l’endroit du « raïs » suscitent la fête sur certaines places de Kinshasa, il y a lieu de se poser l’une ou l’autre question : « Est-ce que ça relève de la neuropsychiatrie, du rejet du livre ou de deux à la fois ? » N’oublions pas que 90% de Kinois, selon le Dr Emmanuel Epenge, souffrent des troubles mentaux. Leur storytelling devrait dorénavant être étudié en profondeur. Ce n’est pas un pronostic encourageant pour notre devenir collectif. Soyons très vigilants !

Heureusement, il y a encore des minorités pensantes et agissantes. Heureusement…

Babanya Kabudi

—-
[1] C. BRAECKMAN, Les nouveaux prédateurs. Politique des puissances en Afrique, Paris, Fayard, 2003, p.137.
[2] Ibidem.
[3] Lire J.-P. MBELU, Demain, après Kabila, Paris, Congo Lobi Lelo, 2018, p.14.
[4] Ibidem, p. 57-63.
[5] Lire A. ORAIN, Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude (XVIe-XXIe siècle), Paris, Flammarion, 2025. Lire surtout le chapitre intitulé  »L’éternel retour des empires de « ressources » p.261-307.

INGETA.

REINVENTONS

LE CONGO

Informer. Inspirer. Impacter.

Notre travail consiste à :
Développer un laboratoire d’idées sur le passé, présent et futur du Congo-Kinshasa.

Proposer un lieu unique de décryptage, de discussion et de diffusion des réalités et perspectives du Congo-Kinshasa.

Aiguiser l’esprit critique et vulgariser les informations sur les enjeux du Congo, à travers une variété de supports et de contenus (analyses, entretiens, vidéos, verbatims, campagnes, livres, journal).