Par Mufoncol Tshiyoyo
Entre Pedro Sánchez (Espagne) et le Botswana : pourquoi l’élite de pouvoir au Congo préfère la servitude… Quelqu’un a dit: « Les peuples ne perdent pas toujours leur liberté sous la force de l’ennemi ; ils la perdent lorsque ceux qui les gouvernent trouvent plus d’avantage dans la dépendance que dans la liberté. »
Je fais aujourd’hui un constat cinglant. Tandis que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez défend sa souveraineté face à l’hégémonie yankee, je vois chez nous une élite de pouvoir emprunter le chemin inverse. J’emploie ce terme d’élite de pouvoir à dessein. Ces hommes occupent les postes de l’État sans exercer la souveraineté qui devrait les accompagner. Je la vois brader la terre de nos aïeux au plus offrant, comme si un formatage mental profond l’avait convaincue que le salut du Congo ne pouvait venir que d’une tutelle mendiée.
Mentalité du dominé
Ici, une question s’impose, par-delà les clivages et les opinions. Peut-on sérieusement bâtir une nation avec, à sa tête, des agents de service dont le regard est perpétuellement en quête d’une validation extérieure ? Pendant que cette élite court signer des accords à Washington, d’autres, sur ce même continent, en Afrique, tracent la voie de l’affirmation de soi. Je pense plus précisément au président du Botswana. Avec une clarté exemplaire, il rappelait que si les Américains convoitent les minerais de son sous-sol, c’est à eux de se déplacer. Lui n’ira pas quémander une audience. Il attend que les investisseurs, puisqu’ils sont intéressés, viennent à lui. Ce faisant, il ne commet pas un acte anti-américain comme d’aucuns auraient tendance à le crier. Il pose plutôt un acte d’existence. Ainsi, il établit une hiérarchie inversée où l’existence précède l’allégeance.
Peut-on sérieusement bâtir une nation avec, à sa tête, des agents de service dont le regard est perpétuellement en quête d’une validation extérieure ? Pendant que cette élite court signer des accords à Washington, d’autres, sur ce même continent, en Afrique, tracent la voie de l’affirmation de soi.
Dès lors, la question n’est plus de savoir qui fréquente qui, mais bien : « Qui attend l’invitation comme une consécration ? » Chez nous, on préfère la courbette. Comment expliquer alors que ceux qui possèdent des ressources dites vitales se comportent en mendiants face à ceux qui en ont un besoin criant pour leur propre industrie ?
Cette mentalité du dominé s’infiltre jusqu’aux racines de nos cercles intellectuels. Quand un professeur d’université, journaliste de surcroît, évoque Donald Trump comme « Dieu le Père », le christianisme est juste passé à côté ; ce n’est plus de la géopolitique. C’est une confession d’aliénation. Je le dénonce vivement puisque ce comportement contrarie l’époque actuelle, le moment que le monde traverse.
Ce fétichisme de l’image conduit les nôtres à transformer de simples selfies pris aux USA en trophées de guerre. C’est là le stigmate d’une déchéance : on préfère la figuration à l’étranger à la construction d’une souveraineté réelle ici, chez nous.
Le « pays-solution »
Pour cette élite, le Congo est devenu un slogan : le « pays-solution ». Un refrain creux auquel nos oreilles s’habituent. Mais solution pour qui ? On se gargarise de nos minerais comme si le sous-sol suffisait à dicter le destin. Regardons pourtant la réalité du monde en face. Les Iraniens et les Russes, qu’ils soient aimés ou non, vendent leur pétrole en imposant leurs conditions. Les Chinois font de leur monnaie le socle de leurs transactions mondiales. Pourquoi, chez nous, l’élite de pouvoir accepte-t-elle que nos minerais soient vendus exclusivement en dollars ?
Pour cette élite, le Congo est devenu un slogan : le « pays-solution ». Un refrain creux auquel nos oreilles s’habituent. Mais solution pour qui ? On se gargarise de nos minerais comme si le sous-sol suffisait à dicter le destin.
En tant qu’ancien banquier, je souligne la question de la traçabilité et du rapatriement des devises. Comment tolérer que les banques émargent des licences d’exportation sans que les flux ne reviennent irriguer notre circuit national ? Nous l’avons vécu avec Zaire Gulf Oil : un système de spoliation où la richesse sort physiquement du sol, tandis que les capitaux restent captifs dans les circuits offshore. Je sais de quoi je parle ici, au service d’exportation de la banque. Où est la Banque centrale dans ce dispositif ? Son rôle n’est pas de commenter la dépréciation du franc congolais, mais d’ordonner la loi du rapatriement. En laissant nos recettes dormir sous la juridiction étrangère, l’élite abandonne tout contrôle sur la liquidité nationale. Elle condamne notre monnaie à n’être qu’une variable d’ajustement écrasée par le marché.
De quelle souveraineté revendique-t-on quand on subit un taux de change qui dévore le pain du peuple, simplement parce que l’on a renoncé à exiger que le fruit de notre terre revienne dans nos propres coffres ? C’est ici que l’absurdité atteint son paroxysme : l’obsession pour des devises que l’on ne voit jamais occulte même la survie de la nation.
Le piège ultime
Comment oser parler de batteries électriques pour le monde sans jamais mentionner l’autosuffisance alimentaire ? On nous vend l’illusion que les dollars feront tomber la manne du ciel. Peut-on prétendre être la « solution » énergétique de l’Occident alors qu’on est incapable de fertiliser son propre sol pour nourrir son peuple ? Je récuse donc le terme de « scandale géologique ». C’est le piège ultime : faire croire au dominé qu’il vit dans un pays riche pour mieux l’enchaîner à sa fonction d’extracteur.
Le Congo n’est pas uniquement dominé par des forces extérieures ; il est trahi par une élite intérieure qui a intériorisé la logique de l’enclos.
Aujourd’hui, l’élite de pouvoir n’est plus qu’un « contremaître » d’un projet étranger. L’esclavage ne s’est pas éteint, il s’est sédentarisé. Hier, on déplaçait les corps ; aujourd’hui, on transforme le pays en une cellule de production à ciel ouvert. Quelle est la différence réelle entre le gardien de plantation d’hier et le gestionnaire de cette servitude monétaire aujourd’hui ?
Le Congo n’est pas uniquement dominé par des forces extérieures ; il est trahi par une élite intérieure qui a intériorisé la logique de l’enclos. Que ce beau monde sache une chose : les peuples disparaissent lorsqu’ils acceptent la servitude comme seul horizon. Certains l’acceptent. D’autres la brisent. Moi, je choisis la liberté. Chez Thucydide, les Athéniens disaient : « Les forts font ce qu’ils peuvent. Les faibles subissent ce qu’ils doivent. » Mais mon texte répond : « Les faibles ne le restent que tant qu’ils acceptent de l’être. » Moi, je ne me soumettrai pas. Po ezali likambo ya mabele.
Mufoncol Tshiyoyo, un homme libre, vraiment libre