La République Démocratique du Congo dans un monde polycentré

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La République Démocratique du Congo dans un monde polycentré

Par Jean-Pierre Mbelu.

Les efforts déployés par les pays émergents pour qu’ils deviennent des partenaires respectés de l’axe USA-Europe méritent d’être salués. A juste titre. Ils constituent une interpellation pour les minorités organisées et agissantes congolaises. Ces pays ont réussi à  reconfigurer notre monde. Il  a dorénavant plusieurs centres. Pour nous, l’enjeu dans ce monde polycentré, pour les mois et les années à venir, ne sera pas d’être parrainés par tel ou tel autre pays occidental, mais de nous y situer intelligemment et sagement tout en réalisant le rêve du panafricanisme des peuples.

En 2004, Bertrand Badie publiait un livre intitulé L’impuissance de la puissance. Essai sur les nouvelles relations internationales. Ce livre annonçait déjà celui qui allait être publié en 2011 sous la direction de Bertrand Badie et de Dominique Vidal et qui sera intitulé La fin du monde unique. En 2002 déjà, Emmanuel Todd tentait un Essai sur la décomposition du système américain et l’intitulait Après l’empire.

En relisant ces livres et en restant attentif à l’actualité mondiale, on se rend compte que plusieurs intuitions de leurs auteurs se confirment dans les faits. Les USA-Europe, les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l’OCS (l’Organisation de coopération de Shanghai), la CELAC (Communauté des Etats Latino-Américains et des Caraïbes), l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique), le G 20, etc. sont autant d’organismes multilatéraux témoignant de l’avènement d’un monde de plus en plus polycentré. La plupart de ces organismes prônent le respect de la souveraineté des peuples et  de leur droit à l’autodétermination. La plupart des pays émergents, surtout ceux du Brics, critiquent sévèrement la politique de deux poids deux mesures pratiquée par l’axe USA-Europe.

Dans un  texte-programme en deux parties, l’actuel Président Russe est très claire là-dessus quand il note ceci : «  Une série de conflits armés, menés sous le prétexte d’objectifs humanitaires, sape le principe séculaire de souveraineté nationale. Un autre vide, moral et juridique, se crée dans les relations internationales. » (Lire La Russie et l’évolution du monde sur le site Voltaire) Il continue : « On dit souvent que les droits de l’homme priment sur la souveraineté nationale. C’est indéniable, de la même manière que les crimes contre l’humanité doivent être sanctionnés par la Cour pénale internationale. Mais lorsqu’en s’appuyant sur cette disposition, la souveraineté nationale est facilement violée, lorsque les droits de l’homme sont défendus de l’extérieur de manière sélective, et que ces mêmes droits sont violés au cours de ce processus de « défense », y compris le droit sacré à la vie, il ne s’agit pas d’une cause noble mais de démagogie pure et simple. »

Au nom du respect de la souveraineté, la Russie et la Chine se sont opposés  au Conseil de sécurité au vote d’une résolution pouvant  faciliter une ingérence militaire en Syrie. « Il faut, note Poutine, empêcher de réitérer le scénario libyen en Syrie. Les efforts de la communauté internationale doivent être avant tout axés sur la réconciliation en Syrie. Il est important de réussir à stopper au plus vite la violence, quelle que soit son origine, d’ouvrir enfin le dialogue national, sans conditions préalables, sans ingérence étrangère et en respectant la souveraineté du pays. Cela créerait des prémisses à la mise en œuvre réelle des mesures de démocratisation annoncées par le gouvernement syrien. Le plus important est d’empêcher une guerre civile à part entière. La diplomatie russe a travaillé et travaillera dans ce sens. »

Au nom du respect de la souveraineté nationale, les pays du Brics, de la CELAC, de l’OCS et de l’ALBA essaient de promouvoir un nouveau partenariat fondé sur la coopération, la solidarité, la participation, l’organisation et le respect mutuel. Le Brics comme la CELAC et l’ALBA pensent de plus en plus à se débarrasser du dollar comme monnaie de leurs transactions économiques et financières.  La quasi-totalité des pays de l’ALBA a rompu ses  relations avec les IFI dominées par l’axe USA-Europe. Ils ont compris qu’il n’y a pas de souveraineté politique sans souveraineté économique.

Face à ce monde ayant dorénavant plusieurs centres de décisions et d’actions, l’Afrique semble naviguer à vue : l’UA donne des signaux d’un essoufflement certain. Plusieurs pays africains sont englués dans des conflits internes qui en font des proies faciles de l’axe USA-Europe. Le Congo dit démocratique est à classifier parmi ces pays sans vision proactive. Bien des politiciens occidentaux qui le courtisent ne sont que des garçons de course des banquiers et des multinationales.

Malheureusement, dans l’imaginaire de plusieurs compatriotes Congolais, « ces petites mains du capitalisme sauvage » sont  encore prises au sérieux. Cela pourrait constituer un frein dans la poursuite de la lutte pour notre souveraineté nationale et pour notre émancipation de l’empire USA-Europe aux abois. Ce dont il s’agit aujourd’hui n’est pas de se sentir protéger par tel ou tel autre pays occidental jouant le rôle de parrain. Non. C’est de se situer intelligemment et sagement dans un monde polycentré en luttant pour le panafricanisme des peuples, en créant un nouveau partenariat  avec plusieurs pays du monde et en s’insérant dans des axes géostratégiques respectueux de la souveraineté nationale et du droit des peuples à l’autodétermination. Ce que l’Afrique du Sud a réussi, le Congo (RD) pourrait aussi le réussir pourvu qu’il guérisse son imaginaire des idées farfelues d’un éternel parrainage occidental dont les résultats après plus de 500 ans d’histoire (commune) sont catastrophiques.

Il y a là un défi pour une re-créaction collective de notre pays et de l’Afrique. Il appartient aux minorités organisées et agissantes qui ne l’ont pas encore compris de rejoindre, par un travail en synergie, visible et invisible, celles qui sont déjà suffisamment avancées sur cette voie.

 

J.-P. Mbelu

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