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L’Est de la RDC et la nécessité d’une autre consultation populaire

May 16 • Analyses & commentaires, Politique & sociétéNo Comments

Par Jean-Pierre Mbelu

Des députés inquiets après la rencontre de Kingakati ! Tel est l’un des messages que nous pouvons lire sur le site de la RFI Afrique  (ce mercredi 16 mai 2012). Que sont-ils allés chercher à Kingakati ? Débattre sur la solution à ‘la guerre de basse intensité’ sévissant à l’Est de notre pays avec « un acteur apparent » ! Leur inquiétude est-elle justifiée ou est-elle tout simplement un résultat de leur cupidité et/ou de leur ignorance après le coup d’Etat administratif de décembre 2011 ? D’où nous viendra le salut ? De plusieurs actions à impacts visibles. Une consultation populaire ne serait pas à exclure.

Après le coup d’Etat administratif orchestré par « le pouvoir de fait » en place à Kinshasa,  « Joseph Kabila » consulte les députés du Nord-Kivu sur la guerre de ‘basse intensité’ qui sévit dans cette partie de notre pays depuis 1996. « Trompeur, le terme ‘basse intensité’ peut donner l’impression que les dégâts sont moindres. En réalité, ils ne sont moindres que pour les Etats-Unis.  Ainsi, écrit Michel Collon, la guerre de basse intensité que Washington a déclenché contre le Congo (à travers les armées du Rwanda et de l’Ouganda voisins, à travers diverses milices), cette guerre a fait cinq millions de mort (et même plus) et elle a paralysé le développement du Congo. » (M. COLLON, Les  7 péchés d’Hugo Chavez, Bruxelles, Investig’Action, 2009, p. 393). Comment  « Joseph Kabila » peut-il, après la récente signature d’un nouvel accord  de sécurité avec le Rwanda, après celui tenu secret de 2009, vouloir trouver une issue à une guerre dans laquelle il constitue un problème ? Pour rappel, l’accord a été paraphé dans le week-end par le ministre rwandais de la défense, le général James Kabarebe ainsi que son homologue congolais Ntambo Luba, indique un communiqué émanant du bureau du porte- parole de l’armée rwandaise (Xinhaunet).

Selon la RFI (de ce mercredi 16 mai 2012), « près d’une quarantaine d’invités, des députés issus de l’opposition et de la majorité, étaient invités par le président de la RDC, Joseph Kabila dans sa ferme privée de Kingakati. L’échange a tourné autour de la situation dans le Nord-Kivu. A près plus de deux heures de discussions, la solution à la crise n’a pas été trouvée et l’inquiétude a gagné de nombreux députés. »

Pourquoi la solution à cette crise n’a-t-elle pas été trouvée ? Qui en sont les acteurs majeurs et apparents ? Pourquoi faut-il consulter une quarantaine de personnes au sujet d’une crise impliquant tout le pays ? Pourquoi faire cela après des consultations populaires (élections de novembre et décembre 2012) dont les résultats connus à ce jour n’ont été conformes ni à la justice ni à la vérité ?

Il ne sert presque plus à rien de rappeler que les acteurs apparents de cette guerre de basse intensité sont connus. Un exemple. C’est  « Joseph Kabila » qui, pour privilégier  la paix (de sa tête) a armé Ntaganda et accepté que le CNDP devienne membre de la Majorité Présidentielle. C’est sous son instigation que l’accord secret de 2009 a été signé avec le Rwanda avant que ce pays ne réponde des crimes commis dans notre pays. Disons que c’est par lui (et son clan) que les pays voisins et les milices qu’ils entretiennent sèment la mort, les vols et les viols dans notre pays. Tout cela sous la supervision des USA et leurs alliés  avec l’appui de l’Africom et de la Monusco. Les USA, leurs alliés et leurs armées sont les acteurs majeurs de cette crise. Les multinationales y compris. (Sur cette question, la simple lecture de Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique(, Montréal, Ecosociété, 2008), de Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales (, Paris, Flammarion, 2007) ou de Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique (, Paris, Fayard, 2010) aide à mettre les points sur les i.)

Connaître les acteurs apparents nous aide à les exclure de la recherche de la solution à la  guerre de basse intensité que connaît notre pays en dehors des instances judiciaires. C’est devant les cours et les tribunaux qu’ils devraient dire « leur part de vérité » au sujet de leur implication dans cette guerre à côté des acteurs majeurs. A ce sujet, la route semble encore très longue. Nous ne le dirons jamais assez : cette guerre de basse intensité est aussi « une guerre secrète de la politique et de la justice internationale » (cfr F. HARTMANN) ; elle est aussi « une guerre secrète des grandes puissances en Afrique » (cfr P. PEAN.)

Nous ne devrions pas perdre de vue que ce qui se passe à l’Est de notre pays (avec toutes les conséquences que nous connaissons sur l’étendue de tout notre territoire) est une question crimes organisés au niveau local, au niveau national, au niveau sous-régional, au niveau panafricain et au niveau international. Les acteurs majeurs et les acteurs apparents de cette criminalité organisée font partie d’un réseau transnational de prédation. Et les solutions à une criminalité organisée au niveau transnational ne peuvent pas se contenter de n’être que locales et partisanes.  Et elles ne peuvent pas être que politiques ; elles doivent être à la fois politiques, juridiques, économiques, sociales, spirituelles et culturelles.

Du point de vue culturel, le poids de l’hégémonie culturelle occidentalisante  et de l’ignorance rendent l’étude préalable de cette criminalité organisée compliquée. Plusieurs d’entre nous présentent encore à ce jour les pays impliqués dans la manipulation de la guerre aux fins de business  comme des modèles de démocratie à reproduire chez nous. Nous avons beau lire toute cette littérature sur la guerre comme moyen d’avoir accès aux matières premières stratégiques et de dominer les autres peuples, nous sommes encore plusieurs à  croire que les Etats (manqués) impliqués dans cette criminalité peuvent finalement travailler avec nous à l’avènement de notre souveraineté politique et économique !

En plus de toutes les autres solutions et  actions à impacts visibles à entreprendre,  une révolution culturelle  à impact copernicien  sur les esprits et les cœurs congolais  et libératrice des spiritualités imbécilisantes semble être le meilleur socle pour l’avènement d’un autre Congo.  Voilà pourquoi notre libération du joug de l’occupant devra prendre encore un peu de temps : le reformatage des cœurs et des esprits doit la précéder. A moins que les minorités organisées et agissantes en décident autrement.

Après son coup d’Etat administratif  fait à l’issue des élections de novembre et décembre 2011, si « Joseph Kabila » veut réellement contribuer à la fin de la guerre de basse intensité imposée à notre pays (avec son aval), qu’il organise une consultation populaire sur cette guerre comme lui-même a avoué son incapacité à pouvoir y apporter un début de solution. Or, organiser une consultation populaire serait couper la branche sur laquelle « le raïs » est assis. Donc, il n’y a rien de bon à attendre de lui et de son clan.

Les minorités organisées et  agissantes ainsi que toutes les forces acquises au changement devraient  approfondir toutes les solutions sur lesquelles elles travaillent et au besoin se mettre ensemble pour  créer un espace d’échange semblable à la Conférence Nationale Souveraine, au Dialogue entre Congolais(es) ou à la consultation populaire ayant précédé la CNS. Il y va de la vie et de la survie de tout un peuple. Il serait irresponsable que nous nous limitions aux critiques négatives du « pouvoir de fait en place » sans des propositions d’actions collectives. En principe, c’est l’ONU qui devrait garantir la paix et la justice chez nous. Mais du moment qu’elle a accepté de cohabiter avec Africom  sur notre territoire, elle a donné les signes de son instrumentalisation par les USA, acteurs majeurs de ‘la guerre de basse intensité’ dont nous souffrons et mourrons.


J.-P. Mbelu

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